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Virgin Suicides

Affiche de Virgin Suicides

The Virgin Suicides

Réalisé par Sofia Coppola 

Drame - États-Unis - 1999

Aucune diffusion prévue à ce jour.
S’il est devenu de bon ton, aujourd’hui, de railler le cinéma de Sofia Coppola (pour compenser l’enthousiasme, probablement démesuré, qui avait accueilli Lost in Translation début 2003), les spectateurs ayant découvert ces suicides virginaux en salles se souviennent de la réelle surprise et de la troublante émotion qu’ils avaient alors pu susciter, d’autant que le film avait su préalablement se faire désirer par une distribution laborieuse. Dans une fin de millénaire où fleurissaient les teen-comédies romantiques, Sofia Coppola prenait le contre-pied de cette mode souvent affligeante pour narrer un drame de la solitude où les émois adolescents sont marqués de rêves profonds et de désenchantements cruels. Très vite, le curieux mélange d’un visuel léger (jusque dans la représentation angélique de ces cinq sirènes presqu’échouées) et la voix off déchirante et cassée (admirable Giovanni Ribisi), le film distille son trouble persistant en même temps que son infinie grâce. Car dans l’onirisme amer de Sofia Coppola, on sent autant la nostalgie du temps de l’innocence que le besoin impérieux, en forme d’exutoire, pour un narrateur tourmenté d’exorciser via la reconstruction des souvenirs tous ses fantasmes inassouvis, tous ces regrets à jamais hantés par ces spectres éthérés. Peut-être, probablement même, que les sœurs Lisbon n’étaient pas aussi sublimes dans la réalité qu’elles nous sont ici décrites, mais peu importe ; car vingt-cinq ans après, la réalité ne peut pas subsister aussi forte que le choc causé par cet événement inexpliqué, dont certains éléments résolutifs manquent et manqueront toujours... et puis, à force de ressasser ses pensées, de consulter le livre d’un passé où chacun s’efforce d’écrire malgré tout, malgré le temps, le trait s’affine pour arriver à appréhender l’imprévisible, à accepter l’inacceptable. Quand les adorables sourires se sont figés, que ces fêtes sont devenues une espèce de rituel mécanique, la folie fumante et les brûlures internes (joliment symbolisées par les disques de Lux) sont paradoxalement trop fortes pour apparaître sur ces visages-masques. Il y a quelque chose de révoltant dans la force d’un inéluctable surgissant en pleine période de découverte (du corps, de l’amour, du sexe, de soi et des autres…). Mais il ne s’agit pas de courir après les responsabilité individuelles (une mère réactionnaire ? un père lâche ? un play-boy irresponsable ?) pour expliquer la chute trop rapide de ces enfants : tous sont concernés, acteurs-figurants de cette société ignoble qui envoie des émissaires se vautrer sur la misère des victimes ; cette société injuste qui laisse les plus sensibles endosser les crimes qu’ils n’ont pas commis ; cette société malade qui se repaît de ses maux et se complait dans ce qu’elle peut engendrer de pire, sous le regard médusé et pourtant envieux de ses innocents, de ses rebuts... Cependant, ce serait une injustice que de réduire The Virgin Suicides à l’œuvre sordide et désenchantée d’une réalisatrice aigrie. Constamment en limite du malsain mais évitant toute forme de pathos, le film est avant tout un époustouflant numéro de funambule - qui plus est compliqué par d’audacieux parti-pris (irruptions de fantômes, délires oniriques, blagues de potaches…) - rendu splendide par cette sensibilité inouïe mêlant la légèreté et la gravité, la lumière et la noirceur ; oxymore cinématographique bercé à la perfection par la fabuleuse partition originale de Air et miraculeusement interprété, The Virgin Suicides est tout simplement un film touché par la Grâce.

Antoine Royer


Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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