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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Wim Wenders 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Après l’Amérique de "Paris, Texas" et le Japon de "Tokyo-Ga", Wenders revient en Allemagne après dix années d’errance, revient à Berlin où il avait tourné son premier film "Summer in the City" en 1970. Le film s’ouvre sur des battements d’ailes qui accompagnement ceux d’une paupière. Un œil, un regard, une sensation. Un ange est à l’image, il pose sa main sur l’épaule d’un homme qui ne peut sentir ce contact qui lui dispense chaleur et amour. Les anges errent ainsi dans cette ville en ruine, absurdement scindée en deux, déchirée. Une ville qui porte les marques profondes des temps de guerre, du nazisme. Mais de ce paysage torturé naît une incroyable humanité, une poésie. Les anges de Wenders s’immiscent partout, franchissent tous les murs de Berlin, plongent dans les cœurs et les (vagues à l’) âmes de ses habitants. Ce pouvoir des anges est bien celui du cinéma. Wenders peut poser sa caméra partout, franchir toutes les barrières, ballet aérien magnifique, toute-puissance du cinéma qui nous donne à voir, à comprendre, à partager. Seulement les anges et le cinéaste ressentent un manque. Ce que Wenders recherche depuis "Paris, Texas", c’est à s’approcher au plus près des êtres. Pas seulement les filmer, les comprendre, les découvrir, mais partager avec eux leurs sensations, leurs vies. Les anges, s’ils ont le pouvoir d’entendre les hommes, de saisir l’essence des choses, ne peuvent expérimenter les émotions humaines à moins de rejeter leur statut d’immortel. Ce manque, Damiel, l’ange incarné par Bruno Ganz, le ressent au plus profond de lui en tombant amoureux d’une trapéziste, Marion. Elle s’affranchit de la pesanteur et lui décide de descendre vers la terre. Damiel veut ressentir le bonheur, la douleur, comme Wenders qui veut du noir et blanc (qui figure la vision des anges) passer à la couleur, qui veut filmer la vie telle qu’elle est. Damiel ne veut plus seulement partager les pensées des hommes mais ressentir la terre, le monde, comme eux le ressentent. Partager pleinement, aimer. Comme Wenders, amoureux de Solveig Dommartin (qui interprète la trapéziste), lui qui longtemps a parlé de l’impossibilité de vivre à deux. Il y a quelque chose de profondément humain, intime, qui affleure de cette œuvre magnifique. Wenders nous dit en substance que se réinventer est possible, que l’on peut à nouveau vivre pleinement, expérimenter, sentir. Wenders s’est ouvert au monde, aux autres, et ses anges sont des personnages curieux de tout, à l’affût, à l’écoute, des figures de l’enfance. "Les Ailes du désir" est un magnifique chant d’espoir adressé au monde, un appel à vivre pleinement, à s’extasier, à rêver. Un film porté par le besoin profond d’appartenir à l’humanité. Le travail sur le son est ainsi admirable. Le film nous fait entendre mille histoires, le chant d’une ville et de ses habitants, textes magnifiques écrits par Peter Handke. Wenders avait d’ailleurs pour projet, avant "Paris, Texas", d’adapter « Le Lent retour » où Handke partait de l’Alaska pour retrouver ses racines européennes, soit un sujet qui suit étrangement ce qui anime "Les Ailes du désir". Les multiples histoires qui nous sont contées, leur beauté, leur simplicité, nous immergent dans un flux et reflux narratif hypnotisant (la musique de Jürgen Knieper participant de ce doux flottement). L’histoire d’amour entre un ange et une humaine n’est pas le cœur du film. Ce cœur est partagé par tout ces hommes et ses femmes à qui Wenders donne la parole, avec leurs drames, leurs espoirs, leurs craintes. Henri Alekan (qui avait travaillé avec Wenders sur "L’État des choses") signe une photo somptueuse qui alterne couleur et noir et blanc. Les mouvements de caméra, fluides, aériens, en apesanteur, nous subjuguent par leur intense beauté. Enfin, autre plaisir, celui des concerts de Nick Cave & the Bad Seeds et Crime and the City Solution (les deux groupes australiens étaient alors installés à Berlin après le split de Birthday Party). Une merveille.

Olivier Bitoun



Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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