| James Cameron fait ses premières armes de réalisateur sur Piranha 2 en 1982. Dans cette production chaotique et fauchée, Cameron se contente d’essayer de recoller les morceaux disparates d’une production besogneuse. Le résultat, aussi ridicule que réjouissant de par sa débilité même, ne pouvait vraiment laisser prévoir la naissance d’un auteur. Sa deuxième réalisation, Terminator, au-delà d’un succès commercial assez inattendu (37 millions de dollars de recette pour un budget de 6 millions), s’impose en 1984 comme une date du cinéma d’action contemporain. Auparavant directeur de seconde équipe chez New World, directeur artistique, décorateur, Cameron a des années d’expérience derrière lui lorsqu’il s’attelle au tournage de ce petit budget. Son inventivité, sa débrouillardise, sa connaissance parfaite des différents postes techniques et des effets spéciaux, lui permettent de réaliser une œuvre dont l’ampleur à l’écran rivalise aisément avec les blockbusters de l’époque. Bien sûr, Terminator c’est d’abord aux yeux du public Arnold Schwarzenegger, dont la carrière va être propulsée par son interprétation d’un androïde surhumain que rien ne semble pouvoir arrêter. Le corps de l’acteur est l’enveloppe parfaite pour ce rôle. Ce corps forgé, fabriqué, mené à une forme de "perfection", dont chaque centimètre de muscle est travaillé, est le réceptacle idéal pour l’incarnation de cet être artificiel venu du futur. Schwarzenegger est le premier effet spécial du film, celui qui a demandé le plus de temps et d’attention. Fort heureusement, Terminator ne s’arrête pas à la parfaite adéquation entre son personnage principal et son interprète en phase de devenir une super star internationale. C’est aussi un scénario habilement ficelé par Gale Ann Hurd et James Cameron (même si rempli d’incohérences) et surtout une réalisation au cordeau, précise, brute, directe. Terminator ne s’écarte jamais de son programme. Aucun humour, aucune situation incongrue ne vient offrir de respiration ou de second degré. C’est de la pure série B hargneuse, héritage du meilleur des années Corman où Cameron a fait ses classes. Il nous offre un film d’une efficacité rare, qui tient son rythme et sa substance de ses seuls sens du cadrage et du montage. La précision et le soin apportés au découpage du film lui assurent une modernité de chaque instant et la séquence du commissariat est à ce titre un modèle du genre. Terminator n’est donc pas un film d’effets spéciaux, ceux-ci étant parfois même assez faibles, mais un pur film de metteur en scène. Terminator, qui peut être considéré comme sa première véritable réalisation, va propulser, imposer Cameron comme l’une des valeurs à suivre du cinéma d’action. Mais d’Abyss en Titanic, œuvres ambitieuses voir pharaoniques, il va vite être évident que Cameron est un auteur avant d’être un brillant technicien. En attendant ses prochains excitants projets (Cameron est l’un des seuls réalisateurs à explorer réellement les potentialités des nouvelles technologies numériques), Terminator est une bonne façon de se rappeler que dès ses débuts, James Cameron faisait preuve d’un sens aigu de la mise en scène. Aliens, sa réalisation suivante, va achever de le placer au panthéon des cinéastes d’action, avant qu’Abyss, True Lies et Titanic ne viennent nous prouver qu’il est aussi et avant tout un formidable peintre de personnages et de sentiments. |