| John Rambo, ancien béret vert décoré pour faits d'armes, et vétéran du Vietnam réduit au nomadisme dans son propre pays, rend visite à l'un de ses camarades de combat. Mais il est fraîchement accueilli par sa veuve qui lui apprend le décès de son ami. De retour sur la route, Rambo est pris à parti par le shérif Will Teasle qui lui refuse l'accès de sa petite ville tranquille, avant de le reconduire hors du périmètre de la localité. Mais l'ancien militaire désobéit et revient sur ses pas. C'est alors qu'il est brutalement jeté en prison sous le prétexte de vagabondage. Suite à des brimades policières, Rambo parvient à s'évader et se réfugie dans la forêt environnante. Commence alors une gigantesque traque qui met aux prises des dizaines de policiers et de soldats de la garde civile inexpérimentés et une véritable machine de guerre qui a pris possession de l'endroit et entend se venger de l'injustice et de l'humiliation qui lui ont été faites. Le nom de "Rambo" est depuis plus de 20 ans associé à une idéologie machiste, droitière et ultraconservatrice, quand il n'est pas moqué ou parodié dans tous les médias, et il faut bien l'avouer, par la plupart d'entre nous. La faute en revient en premier lieu à Sylvester Stallone lui-même. Suite au succès de First Blood (titre original du film, qui insiste sur la responsabilité initiale du drame), l'acteur/icône des années 1980, qui vient donc de créer un second mythe cinématographique après Rocky, s'est fourvoyé dans un "reaganisme" ridicule et un patriotisme bodybuildé avec deux suites, Rambo II (1985) et Rambo III (1988), qui feront oublier que le premier opus développait une idéologie bien différente. Et au moment où il est devenu courant de comptabiliser, au sein de ces films et avec un cynisme rigolard, le nombre de morts qui tombent comme des mouches et dans des geysers de sang, et ce pour satisfaire une curiosité assez malsaine, il est nécessaire de rappeler que Rambo ne montre finalement qu'un seul mort (et encore, par accident !). Cela faisait des années que le script, inspiré du roman de David Morrell, tournait dans les bureaux à Hollywood jusqu'à ce que les producteurs Mario Kassar et Andrew Vajna (futurs créateurs de la Cannon) s'emparent du projet et le confient au réalisateur Ted Kotcheff et à la nouvelle superstar Sylvester Stallone (qui réécrira le scénario). Rambo se situe à la charnière entre le cinéma américain des années 70 (contestation politique, critique de l'idéologie belliciste, mauvaise conscience) et celui des années 80 (culte de l'homme fort, individualisme, retour aux instincts primitifs). Cette combinaison en fait sa force, et aussi sa justesse car il reflète les contradictions profondes de l'Amérique depuis ses origines. S'il faut donc classer ce film parmi les productions du genre de la même période, ce ne sera certainement pas avec les débilités commises par la Cannon (comme celles mettant en scène le joyeux Chuck Norris), mais avec des œuvres fortes comme Le Merdier, Voyage au bout de l'enfer ou Retour. Rambo témoigne donc de la mauvaise conscience du pays vis-à-vis de la Guerre du Vietnam et de ces jeunes que l'Amérique a transformés en tueurs avant de les rejeter. John Rambo incarne à lui seul, avec à la fois une bestialité inouïe et fragilité psychologique désarmante, le traumatisme vietnamien ainsi que la caractère violent de la société américaine, dans laquelle la force est la réponse à tout type de conflit. Les Etats-Unis ont ainsi créé un monstre qui aujourd'hui se retourne contre eux, et le combat s'installe non pas dans une lointaine contrée mais en son fort intérieur, dans l'Amérique profonde des petites gens. Sous ses faux airs de série B, Rambo bénéficie d'une réalisation au cordeau, inspirée, nerveuse, sans effets de manche, et sachant tirer parti des décors forestiers qui sont le terrain d'action du film. Le film bénéficie également du grand talent du directeur de la photo Andrew Laszlo, qui a su parfaitement faire ressentir, avec ses couleurs froides et terreuses, l'humidité, la moiteur et l'hostilité de la nature et la régression primitive. Autre contribution essentielle : celle de Jerry Goldsmith qui a composé une musique aux accents martiaux et aux sonorités guerrières impressionnantes, dont les deux thèmes principaux révèlent en contrepoint une humanité profonde (Goldsmith fera encore mieux pour Rambo II : la Mission, seul véritable intérêt artistique de ce deuxième volet). Enfin, bien entendu, First Blood / Rambo ne serait pas une œuvre aussi puissante et habitée sans l'interprétation charnelle, animale, viscérale, ultrasensible de Sylvester Stallone. Stallone, acteur instinctif en diable qui s'offre corps et âme dans son personnage, jusqu'à son écroulement final devant son ancien supérieur, le Colonel Trautman, venu aider les autorités à maîtriser "sa" création (Trautman, interprété par Richard Crenna, devait être joué par Kirk Douglas qui se retira du projet quand Stallone décida de ne plus tuer son personnage à la fin du film). Oubliez donc les suites improbables, oubliez même John Rambo (2008) qui, 26 ans après, ne semble malheureusement pas bénéficier du même - et excellent - traitement appliqué par Stallone à Rocky Balboa (2006). Concentrez-vous plutôt sur ce film d'action organique et intense, doublé d'une réflexion intelligente sur l'Amérique à la fois fascinée et traumatisée par sa nature foncièrement guerrière. |