Chercher un film :

La Bataille d’Alger

Affiche de La Bataille d’Alger

La Battaglia di Algeri

Réalisé par Gillo Pontecorvo 

Guerre - Italie - 1965

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Après de longues années de censure dans notre pays, on peut enfin découvrir le célèbre film historique de Gillo Pontecorvo consacré à la Guerre d’Algérie de sinistre mémoire. Bien qu’étant une production italo-algérienne suite à une commande du nouvel état algérien, le film expose les points de vue des deux belligérants et ne fait aucune impasse sur la violence et la barbarie pratiquées par les deux camps. Grâce à une approche documentaire, qui n’évite pas la dramaturgie mais sans jamais y succomber, et à une étude pointilleuse de nombreux personnages emportés dans la tourmente guerrière, Pontecorvo parvient à capter l’essence même de ce conflit et du drame vécu par deux peuples qui inévitablement se déchirent après avoir longtemps été profondément liés.

Ronny Chester

Réalisé en 1965, Lion d'or au Festival de Venise, La Bataille d'Alger est censuré en France pendant cinq ans. Sa sortie tardive sur les écrans en 1971 est marquée par des menaces d'attentats terroristes d'extrême-droite qui stoppent rapidement son exploitation. Trente-deux ans plus tard, en 2003, le film est utilisé par le Pentagone pour former ses agents militaires. En effet, le combat des militaires français et de la guerrilla algéroise entre 1954 et 1957 fait écho à la situation à laquelle se trouve confrontée l'armée américaine en Irak et en Afghanistan. Une supériorité militaire et technologique qui se trouve mise à mal par une résistance protéiforme, une victoire rapide puis le basculement du rapport de force alors que le parti des vainqueurs perd la « guerre des idées », victoire militaire annihilée par une défaite politique. A l'origine, La Bataille d'Alger vient des souvenirs de Yacef Saadi, producteur du film qui joue également le rôle du chef de réseau. Combattant au FLN, emprisonné et condamné à mort par trois fois, il souhaite à la fin de la guerre trouver un réalisateur capable de transmettre l'histoire de cette lutte. Admirateur du néoréalisme italien, il approche Gillo Pontecorvo, cinéaste de gauche, qui accepte de porter son récit à l'écran. Le film, production italo-algérienne, est tourné sur les lieux même du conflit. Des milliers de figurants participent avec ferveur au tournage. Le film montre comment, de l'écrasement des groupes minoritaires pratiquant un terrorisme urbain, est né dans le peuple algérien un mouvement de masse qui a conduit à l'indépendance du pays. Par son efficacité épique, par son flamboiement héroïque qui magnifie le combat de ces groupes terroristes, La Bataille d'Alger consolida, malgré lui, l'imaginaire lié au terrorisme religieux et intégriste qui plus tard accabla l'Algérie. Pourtant le film n'est à priori pas aussi aisément réductible. Si le cœur de Pontecorvo penche bien sûr en faveur du mouvement indépendantiste algérien, sa façon de décrire de manière complexe les deux camps évite de donner du conflit une vision par trop manichéenne. Ainsi, de part et d'autre, on ressent la douleur de devoir participer à cette guerre. Avant chaque attentat, Pontecorvo donne longtemps à voir les visages de ceux qui arpentent le lieu où va bientôt exploser la bombe, passants anonymes et innocents qui ne seront bientôt plus que des corps déchirés. Mais ces visages sont vus par les yeux du terroriste, ce qui induit que Pontecorvo montre avant tout le déchirement intérieur de ces hommes qui doivent accepter de sacrifier des innocents pour la justesse de leur cause. C'est pourquoi, sorti de son contexte historique qui explique ses partis pris de mise en scène, La Bataille d'Alger peut être aujourd'hui utilisé comme référant pour le terrorisme moderne. Trop profondément lié à la justesse de la cause algérienne, le film ne peut parvenir à acquérir un statut universel et ouvre ainsi les portes à la réappropriation, à l'exploitation. Mais cette aura que le film possède encore, on la tient bien sûr à la précision de la mise en scène de Pontecorvo. Il convient de rappeler que derrière la portée politique du film, bonne ou mauvaise, voulue ou induite, il y a bien une œuvre de cinéma fascinante. Jouant sur la violence documentaire de ses images, captées le plus souvent caméra à l'épaule, sur la rugosité du grain de la pellicule, sur la force de conviction de ses acteurs amateurs qui rejouent le plus souvent leur propre histoire, leur propre engagement, le film ne cesse de nous asséner des uppercuts, nous laisse interdit, sonné.

Olivier Bitoun



Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
4 4 3

: clAssik : À ne pas rater : À découvrir
: À l'occasion : À vos risques et périls : À fuir

Soyez le premier à déposer un commentaire.

Déposer un commentaire

Nom
Appréciation
Commentaire