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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par John Boorman 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Si d’aventure vous aviez prévu un petit week-end en pleine nature, prenez le temps auparavant de visionner l’un des meilleurs films de John Boorman, qui nous compte l’odyssée de quatre citadins pur jus décidé à descendre en canoë une mythique rivière avant que celle-ci ne disparaisse suite à la construction d’un barrage. Mais la ballade option retour à la nature va prendre un tour déplaisant lorsqu’ils vont se retrouver confrontés à une bande de braves rednecks dégénérés comme de bien entendu. Le vernis de la civilisation ne pourra que craquer. Célèbres pour quelques séquences devenues des classiques, depuis le mythique duo guitare/banjo jusqu’au non moins mythique « Fais l’cochon ! », Délivrance reste aujourd’hui un classique du survival porté par ses interprètes, Jon Voight et Burt Reynolds en tête.

Franck Suzanne

Lewis (Burt Reynolds) emmène ses amis Ed (Jon Voight), Bobby (Ned Beatty) et Drew (Ronny Cox, le futur entrepreneur sans scrupule de Robocop) pour un séjour dans la nature sauvage. Ils quittent la ville pour descendre en kayak la rivière Chattooga, dernière opportunité de traverser ce paysage vierge avant que la vallée ne soit engloutie par la création d'un barrage. Arrivés sur place, ils sont pris pour cible par des autochtones et une chasse à l'homme impitoyable débute qui va les plonger dans l'horreur, la peur et la violence. John Boorman, cinéaste anglais mais qui a débuté sa carrière aux Etats-Unis avec Point Blank et Duel dans le Pacifique, se plonge avec Délivrance au cœur de la mythologie américaine. Depuis ses premiers pas sur le nouveau continent, le colon européen a vu dans ces vastes étendues naturelles qui s'ouvraient sous ses yeux un espace demeuré vierge, un Eden toujours intact n'ayant pas subi la main destructrice de l'homme. A contrario, la cité est dans l'imaginaire américain synonyme de corruption et la nature devient alors un espace où l'on vient se purger de ses péchés. Au début du film, le spectateur partage ce sentiment : l'annonce de la destruction de la vallée nous émeut tant les paysages qui s'ouvrent à nous sont magnifiques, et l'on comprend aisemment que Lewis ait pu convaincre ses amis de l'importance de venir renouer avec la nature et de se purifier en suivant le cours tumultueux, mais harmonieux, du fleuve. Boorman enchaîne dans un montage fluide les images d'une nature idyllique puis interrompt la douce poésie de la nature par une succession de plans abrupts et violents de tracteurs et d'explosions. Décidément l'homme est fou, et son appetit destructeur ne peut que le mener à sa perte pense-t-on alors. On envie le groupe de citadins pour qui cette expédition est une façon de se réconcilier avec la nature. Réconciliation qui passe par la rencontre avec les autochtones. Certes, la première réaction est de se moquer de leur pauvreté et de leur ignorance, de leurs habitations pouilleuses recouvertes de carcasses rouillées, de leurs visages marqués par la consanguinité. Mais il faut dépasser ses préjugés, et la célèbre scène du duo banjo / guitare entre Drew et un jeune autochtone montre la possibilité d'un lien entre les citadins et les ruraux, d'un échange, d'un partage. Mais par la mise en scène de cette séquence, Boorman insinue finement que tout ceci n'est qu'un leurre et il annonce le drame à venir. Tout est en effet faussé. L'histoire de la conquête de l'Ouest est vite devenue celle de la réappropriation des territoires sauvages par l'homme. Il n'est plus question d'Eden, mais d'une nature sauvage à domestiquer, d'espaces à exploiter, de populations indiennes à éradiquer. Le barrage qui va ensevelir la vallée n'est que l'ultime avatar de la civilisation industrielle ; le cours sauvage de la rivière, le wilderness, cédant la place à un paisible lac artificiel. Délivrance serait dès lors le récit de la vengeance d'une nature violée. Mais là encore, Boorman contredit nos attentes car ce n'est pas la nature qui reprend ici ses droits et la fable écologique fait long feu. C'est bien du pourrissement profond de la société américaine dont il est question, de l'histoire meurtrière de la fondation du pays qui d'un coup refait surface. Lewis et ses amis ne sont pas confrontés au danger d'une nature sauvage mais à des avatars dégénérés des pionniers de la conquête de l'Ouest. La nature n'est qu'un cadre silencieux qui n'a cure des drames qui s'y jouent. C'est bien la violence intrinsèque de l'homme qui est ici en cause. Les pionniers qui, dans l'imaginaire populaire, ont civilisé le pays sont des dégénérés, des violeurs et des assassins. De leur côté, les citadins sont capables de cacher un meurtre et de renier cette justice et ces lois communes qui sont le socle de la fédération des états, pour assurer leur confort. John Boorman fait exploser le leurre du pacte fondateur des Etats-Unis en montrant une série de liens impossibles. Que ce soit l'homme et la nature, le citadin et le rural, l'ancien et le nouveau... toute tentative se solde par un échec et il n'y a au final que mort et désolation. Délivrance, survival hors norme, est le portrait d'une Amérique qui ne parvient pas à régler les contradictions profondes entre sa mythologie, sa civilisation et son histoire. Une oeuvre indispensable, l'une des pierres fondatrices du cinéma américain des années 70, un film complexe, palpitant et passionnant.

Olivier Bitoun



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