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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Lars Von Trier 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
L’humilité sied souvent mal aux cinéastes. Un ego surdimensionné, de l’insolence, l’absolue conviction d’être un artiste, voire un génie, de la mégalomanie, voilà des moteurs qui permettent souvent de créer les grands films de notre histoire. Lars von Trier a de tout cela à revendre, même si son humour et son côté iconoclaste (la blague Dogme qui a fait couler tant d’encre) font facilement passer la pilule. Et l’on ne peut qu’être heureux que le cinéaste soit aussi sûr de son talent car, sans cela, jamais il n’aurait pu oser réaliser un film comme Breaking the Waves. C’est bien dans sa croyance totale en son art et dans les capacités du cinéma qu’il va puiser la force et l’audace qui font de ce film l’un des plus grands mélodrames qui soit. Breaking the Waves est un film incandescent où il est question d’amour fou, de miracles, de sacrifice. Un film qui nous parle de la force que certains êtres vont puiser dans l’amour le plus absolu pour braver la religion et les interdits. Avec un tel sujet, aussi grandiloquent qu’outrancier, la retenue n’aurait pu qu’aboutir à un fiasco complet. Il fallait donc un cinéaste qui n’hésite pas à prendre à bras le corps ce récit, à l’emporter vers des sommets de lyrisme et de folie. Lars von Trier, après sa complexe trilogie sur l’Europe, remet en cause tout son système formel pour se donner corps et âme à ce film. Plus de cynisme, plus de recul esthétisant, juste la foi totale dans le parcours de Bess, son héroïne magique. Une foi qui se ressent dans le jeu des acteurs, Emily Watson livrant une prestation d’une profondeur inimaginable, un jeu sans aucune retenue où elle fait corps avec son personnage. Stellan Skarsgard et la trop vite disparue Katrin Cartlidge éblouissent également le film. Lars von Trier filme à fleur de peau, épousant chacun de leur geste, chacun de leur regard ou sourire, de sa caméra amoureuse et en totale osmose avec les acteurs. Photographié par Robby Müller le résultat est prodigieux. Des plans longs, une caméra nerveuse, des flous, des bougés, des très gros plans, Lars von Trier réinvente véritablement une manière de filmer qui fera école, le cinéma d’auteur actuel reprenant ce procédé sans jamais parvenir à retrouver la grâce évidente de ce film. C’est que la mise en scène épouse ici le sujet, n’est en aucun cas un artifice alors même que Lars von Trier est justement un maître es artifice. En collant à ses personnages, il nous fait ressentir les liens indestructibles qui les unissent, il nous plonge en eux. Alors que de nombreux réalisateurs lissent leur image, essayent de s’approcher au plus près d’un réalisme dans la représentation du monde, Lars von Trier joue sur la texture, le grain, afin de donner épaisseur, profondeur, volume et vérité à ses personnages. Le cinéma est aussi affaire de regard et lorsque Bess fixe la caméra pour la première fois un lien profond se crée entre l’œuvre et le spectateur. C’est lorsque l’on croit totalement au cinéma que l’on peut se permettre ces audaces et Breaking the Waves est la démonstration de ce que cet art, lorsque ses artifices sont acceptés par un réalisateur et non rejetés ou masqués, peut provoquer de plus profond en nous. Lars von Trier, Emily Watson, le spectateur, tous nous ne sommes plus qu’un le temps du film, nous sommes Bess, nous souffrons et nous aimons.

Olivier Bitoun



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