| L’un des défauts les plus criants du cinéma français est certainement cette difficulté persistante à s’approprier les grandes étapes de son histoire. Combien de films ‘réalistes’ sur les deux grandes guerres, la colonisation ou les atrocités perpétrées en Algérie ou en Indochine ?? Concernant l4/18, Capitaine Conan est l’un des témoignages les plus bouleversants qu’il nous ait été donné de découvrir sur grand écran. Bertrand Tavernier y raconte les périples d’une patrouille de ‘commandos’ mené par le Capitaine Conan. Lorsque la guerre est terminée, ces tueurs tentent de reprendre une vie normale. Mais pour certains le traumatisme est trop fort… Ici, aucune glorification du héros ni le moindre pathos de vient prendre forme dans le drame. Tavernier offre une vision réaliste du conflit, montrant à la fois le courage, la cruauté et le doute qui caractérisent Conan et ses hommes. La reconstitution des champs de bataille fait également partie des grandes réussites de ce film, Bertrand Tavernier s’offrant ainsi un immense théâtre où ses hommes occupent l’espace avec intelligence. Ici, point de surabondance dans la figuration comme s’est amusé à la faire Jeunet (Un Long Dimanche de Fiançailles), Tavernier reste ancré au réalisme de son récit. Pour interpréter ses hommes, le cinéaste s’entoure de ‘pointures’ parmi lesquelles Claude Rich, François Berléand et Philippe Torreton parfaitement canalisé à cette occasion (on est loin de son interprétation ‘grand guignolesque’ de Richard III au Théâtre des Amandiers !!). En attendant que d’autres artistes français prennent exemple sur le cinéma américain et trouvent le courage et les moyens de s’atteler à l’un des épisodes de notre histoire avec réalisme, n’hésitez pas à découvrir Capitaine Conan, une œuvre essentielle au souvenir… |