| Si cet opus du maître ne brille pas par une mise en scène au cordeau, un montage serré ou encore une direction d’acteur éblouissante, il demeure néanmoins un chaînon passionnant de l’œuvre politico-horrifique qui se construit déjà avec cette troisième réalisation. Season of the Witch est un film féministe, une peinture sans fard de l’aliénation sociale qui enferme les conjointes des maris travailleurs dans les cuisines des pavillons de banlieue. Le fantastique, la magie, la sorcellerie, deviennent pour la femme de Jack (Jack’s Wife est le titre original) un échappatoire au sordide de son quotidien, une manière de transgresser les lois sociales, de sortir des ornières du modèle patriarcal et de braver le monde. Season of the Witch est comme le brouillon programmatique du chef d’œuvre à venir de Romero, Martin.
Après la déconfiture de There’s Always Vanilla et sa disparition complète (on croyait le film perdu jusqu’à son édition DVD en 2005), Jack’s Wife subit également la foudre des producteurs qui amputent sauvagement le film de quarante minutes, épisode qui clôt une production chaotique dans laquelle Romero doit investir l’argent gagné par La Nuit des morts vivants pour boucler le tournage (il mettra cinq ans à rembourser ses dettes !). Hungry Wives (encore un autre titre d’exploitation) est une œuvre que Romero aime beaucoup, même s’il en reconnaît le ratage stylistique, dû notamment à son incapacité à maintenir la cohérence du film devant les déboires de production. Et l’amateur du cinéaste ne peut que lui donner raison. Les défauts évidents s’effacent rapidement derrière la cohérence du propos et de thèmes qui ne quitteront jamais le cinéaste et qui sont ici exposés sans recul. Romero dépeint avec ironie et mordant une certaine Amérique. Si The Witches (dernier titre alternatif) est un film d’horreur, celle-ci est provoquée bien plus par le mauvais goût des intérieurs et des vêtements, par l’imbécillité des propos, que par les apparitions démoniaques qui ponctuent le film. Si bien que la laideur esthétique du film renforce au final le sentiment de malaise qui étreint le spectateur. L’American Way of Life est un territoire bien plus effrayant pour Romero que celui des morts… |