| La nuit des fous vivants (ou Experiment 2000, Code Name : Trixie, The Mad People, Cosmos 859 au gré des éditions) fait partie du Romero première période, lorsqu’au lieu de capitaliser sur le succès de La nuit des morts vivants, il préfère se réfugier à Pittsburgh (ou dans la région) et enchaîner les petits films fauchés, dans un esprit d’indépendance totale par rapport au système des studios. Des films tournés sans star, avec les habitants et les amis, des équipes techniques réduites à peau de chagrin. Ainsi Romero enchaîne coup sur coup There’s Always Vanilla (film longtemps disparu, ressorti il y a peu en Zone 1), Season of the Witches et ce Crazies qui précède le dernier film de cette période, le magnifique Martin.
La nuit des fous vivants reprend la trame de La nuit des morts-vivants, Romero remplaçant ses zombies par la population d’une petite ville rendue psychopathe suite à des émanations de gaz militaires. Une poignée de rescapés va lutter à la fois contre leurs anciens voisins et contre des militaires en combinaison qui envahissent les lieux et sont décidés à effacer toute trace de cette expérimentation qui a mal tourné. Romero réutilise également un style documentaire, granuleux, qui confère au film un réalisme qui le tire du genre horrifique vers le pamphlet contestataire et politique. Vision nihiliste de soldats sans visages qui brûlent au lance flamme une population devenue démente, hors norme. Romero n’utilise pas la parabole, il assène par le biais de visions cauchemardesques son discours contestataire, anti-militariste. En ne passant pas son discours en contrebande, en attaquant frontalement son sujet, Romero peine malheureusement à passionner le spectateur. Il appuie trop lourdement ses symboles (notamment sur la guerre du Vietnam), ne permet pas au genre de passer son discours en douceur, toutes choses qui disparaîtront avec les deux sommets que seront Dawn et Day of the Dead (et qui reviendront de nouveau amoindrir la portée de Land of the Dead, film trop explicite qui peine à marier le genre au pamphlet). En l’état, The Crazies demeure un film important dans la carrière de Romero, un film charnière, certes imparfait mais indispensable pour qui se plonge dans son œuvre. Film à la frontière entre les tournages en franc tireur et le professionnalisme de Dawn of the Dead (son premier film en 35 mm) où Romero cherche l’équilibre entre discours et forme (il ajoute de nombreuses scènes de combat à l’histoire originale de Paul McCollough). Un film où le réalisateur laisse éclater son sens de l’absurde et de l’ironie en pointant des détails incongrus, en jouant sur les ruptures de tons ou encore sur une musique qui désamorce le sérieux des situations. Un film à conseiller donc en priorité aux fans ! |