| Après son remarquable Regarde les hommes tomber, Audiard tourne de nouveau avec Mathieu Kassovitz acteur et nous livre un film peu aimable, dérangeant, sur la Libération. Un héros très discret se situe en 1945 et son héros est un falsificateur qui va s’inventer de toute pièce un passé de résistant, profitant du basculement de l’Histoire, de la mauvaise conscience de certains, de la peur d’autres, s’engouffrant dans un grand mensonge collectif d’où chacun essaye de ressortir lavé ou grandi. On ne sait pas pourquoi Albert, représentant placier à l’allure discrète, décide de vêtir une peau qui n’est pas la sienne. La vanité, la puissance, la gloire ne semblent pas l’attirer, mais bien plutôt la griserie du mensonge, l’étonnement de découvrir des gens capables de jurer avoir combattu à ses côtés, voir même qui sont persuadés de l’avoir fait. Ni sympathique, ni antipathique, Albert semble être une surface lisse qui réfléchit chaque personne de son entourage, un vide qui ne demande qu’à être rempli des histoires factices de chacun, un Zelig ou plutôt un personnage de fiction en cours d’écriture. Cette idée de personnage qui se crée innerve tout le film. Albert est une sorte de scénariste, ou encore un acteur qui prépare son rôle : il note tous les détails, les intègre, les recompose pour inventer une histoire, un rôle. Il se nourrit d’accents, de gestes, d’anecdotes. Belle parabole à laquelle se livre Audiard qui nous montre la Libération comme un pur moment de cinéma, où la France s’invente un passé héroïque et résistant. Outre un brillant Mathieu Kassovitz, que l’on regrette de ne plus voir devant la caméra, Sandrine Kiberlain, Jean-Louis Trintignant, Anouk Grinberg et le déjà génial Albert Dupontel, prouvent l’une des grandes qualités d’Audiard : un casting extrêmement judicieux et une magnifique direction d’acteur. Qualité de l’interprétation qui s’accompagne de dialogues magnifiquement écrits et d’une construction scénaristique qui n’est pas sans rappeler Citizen Kane. La mise en scène d’Audiard est dans un premier temps alerte, très découpée, vivace, jouant sur une image très contrastée, avant de bizarrement s’assagir dans la deuxième moitié du film. Et c’est bien le seul écueil d’un film en tous points très passionnant. |