| Au cours d’un voyage dans les Highlands d’Ecosse, deux chasseurs américains, le doux rêveur Tommy Albright (Gene Kelly) et le plus matérialiste Jeff Douglas (Van Johnson), s’égarent en forêt. Ils découvrent pourtant, sorti de la brume matinale, Brigadoon, un mystérieux village qui ne se trouve sur aucune carte et qui parait vivre hors du temps et de l’espace… Amateurs de comédies musicales jubilatoires aux rythmes endiablés comme ont pu l’être certaines de Stanley Donen, Charles Walters, George Sidney ou Busby Berkeley, ne vous attendez surtout pas à la même chose quand vous déciderez de découvrir Brigadoon. Dans la droite lignée d’autres sommets du romantisme onirique cinématographiques (L’Aventure de Mme Muir, Horizons perdus, Peter Ibbetson…), cet hymne fantasmé à l’Amour possède un rythme volontairement lent, une ambiance ouatée. S’il l’avait voulu, Minnelli aurait pu faire de cette histoire un monument de ‘flamboiement baroque et lyrique’ ; on sait très bien qu’il en était capable puisqu’il nous l’avait prouvé avec Les Ensorcelés et récidivera avec Celui par qui le scandale arrive. Mais non ! Dans la filmographie de Minnelli, Brigadoon se situe au milieu d’œuvres à la mise en scène plus discrète, moins voyante (et pas moins réussie pour autant) ; il côtoie ainsi d’autres monuments ‘pastels’ de sensibilité comme L’Horloge ou Thé et sympathie. Et ce rythme lent épouse le rythme de la vie de ce village hors du temps où le modernisme et sa suractivité n’ont pas encore fait leur apparition. Beaucoup de séquences techniquement ‘sages’, par contraste, rendent d’autant plus fortes les envolées lyriques qui parsèment le film avec parcimonie : celles conjuguées de la caméra et de la musique au milieu de la chanson The Heather on the Hill (la danse dans la bruyère) ou la fabuleuse scène de chasse à l’homme, The Chase, d’une fluidité et d’une virtuosité qui laissent pantois ! Le fait que Brigadoon ait entièrement été tourné en studio au milieu de toiles peintes et de décors en cartons-pâtes n’a pas nui au film, renforçant bien au contraire cette ambiance totalement irréaliste et féérique. Dès les premières images, le village fantôme sort de la brume et le spectateur est immédiatement plongé dans un univers de pure magie. Celle-ci est raffermie par la beauté des costumes d’Irène Sharaff, par la délicate photographie de Joe Ruttenberg et bien évidemment par la suave musique de Frederick Loewe. Peut être moins achevé techniquement et plastiquement, moins moderne et ambitieux que d’autres films de Minnelli, Brigadoon n’en demeure pas moins une œuvre superbe, attachante et éminemment personnelle. Gene Kelly, moins exubérant qu’à l’habitude, Van Johnson absolument parfait dans un rôle un peu ingrat, Cyd Charisse légère et somptueusement belle sont là pour nous accompagner tout au long de ce petit miracle cinématographique. |