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Mad Max

Affiche de Mad Max

Mad Max

Réalisé par George Miller 

Science-fiction - Australie - 1979

Aucune diffusion prévue à ce jour.
A l’aube des années 80 débarqua sur les écrans français la vague du jeune cinéma australien, contrée alors encore peu connue des cinéphiles d’ici. Aux côtés des promenades mystiques de Peter Weir, on découvrit alors un concentré de dynamite gravée sur pellicule. Tourné pour à peine 400 000 $ par un réalisateur débutant qui, à court d’argent, sacrifia sa propre camionnette pour les besoins d’une cascade, Mad Max allait définitivement changer le cinéma de son époque. L’histoire de ce policier rattrapé par la violence qu’il cherchait à fuir est désormais un classique, où la violence jaillit d’un montage toujours aussi impressionnant aujourd’hui, qui engendrera deux suites, fera de Mel Gibson une icône mondiale et donnera naissance à une multitude de sous-produits tournés dans les terrains vagues de la banlieue de Turin. Qu’importe, l’original est à redécouvrir absolument.

Franck Suzanne

George Miller nous plonge d’entrée de jeu dans un monde barbare, à peine futuriste, qui laisse libre cours à une violence larvée qu’une société déliquescente ne parvient plus à contenir. Dans un lieu et une époque indéterminés, représentants de la loi et criminels se livrent une guerre féroce. Ils utilisent les mêmes méthodes expéditives, seulement séparés par des insignes de bronze ou des attributs punks. Au début du film, les institutions visant à faire respecter la loi se concentrent dans un lieu délabré, quasi abandonné. Il n’y a plus de frontière entre les forces de police et l’appareil judiciaire, comme le montre ce commissariat implanté dans un palais de justice. La loi ne semble plus s’exercer que pour protéger l’idée d’un ordre dominant, appareil étatique réduit à des concepts fascisants et totalitaires. Sans explication autre que la pulsion qui pousse à posséder et contrôler, la route devient objet de convoitise et de lutte. L’état et ses sbires d’un côté, des biker anarchistes (enfin qui n’ont gardé des leçons de l’anarchie que le refus de toute loi, évacuant tout idéal ou combat politique) de l’autre, se disputent ce bout de bitume dans des joutes ramenant à l’âge médiéval (dans les épisodes suivant, Miller nous fera remonter jusqu’aux jeux du cirque). Pulsion de mort, soif de possession, régression barbare, fascination pour la loi du plus fort et la violence… la vision profondément nihiliste que Miller nous offre de la nature humaine reste aujourd’hui encore, soit près de trente ans après sa réalisation, aussi dérangeante. Tourné par un jeune réalisateur, médecin passionné de BD et de cinéma qui a signé quelques courts métrages, Mad Max frappe par le génie de sa mise en scène. La précision des cadrages (utilisation parfaite du scope) et des mouvements de caméra (assez vifs pour capter la vélocité des véhicules) sont transfigurés par un sens inné du montage qui imbrique parfaitement plans larges et inserts, qui joue avec une fluidité exceptionnelle des syncopes ou des staccato, faisant de Mad Max une véritable date dans l’histoire du cinéma d’action. Le tournage en décors naturels (douze semaines dans le désert australien), le sentiment d’urgence qui anime le film, le besoin d’aller directement à l’essentiel (le budget est d’environ 350 000 dollars, le film en rapportera plus de 100 millions) font que Mad Max dégage une sensation de réalisme cru qui a peu à voir avec les fables d’anticipation auxquels le genre nous avait jusqu’ici habitué. Le film se situe dans la droite lignée de Massacre à la tronçonneuse ou Dawn of the Dead, ne devant finalement pas grand-chose aux récits post apocalyptiques dont il semble s’inspirer (Death Race 2000, Apocalypse 2024…). Il convient d’ajouter au palmarès de ce chef-d’œuvre des cascades anthologiques (Grant Page en réalise une centaine !) et surtout l’admirable partition de Brian May. L'orchestration symphonique joue essentiellement sur des cordes stridentes et angoissantes, des cuivres agressifs et des percussions profondes qui donnent sa pulsation au film, composition ponctuée de rares et précieux passages mélancoliques. Une énergie, une brutalité, une noirceur tels se dégagent de l’ensemble que l’on pourrait à juste titre considérer May comme le co-auteur du film. Dernier atout de taille : le charisme, la présence incroyable de Mel Gibson qui, en un rôle, devient une star mondiale. Film de l’urgence, de la colère, de la rage, film sombre et désespéré, Mad Max est un pur chef-d’œuvre, complexe et ambifu, terriblement humain.

Olivier Bitoun



Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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