| Métal Hurlant, c’est d’abord la célèbre revue française de science-fiction créée en 1975 à l’initiative de Moebius, Jean-Pierre Dionnet et Philippe Druillet, et qui voit en 1977 naître aux aux Etats-Unis une publication alternative (Heavy Metal). Prenez juste une petite partie des collaborateurs réguliers - Lob, Tardi, Pétillon, Mandryka, F’mu rr, Bilal, Forest, Caza, Schuitten - et imaginez le laboratoire d’expériences, la folie et l’inventivité de cette revue hors norme. Mais Métal hurlant ne sera qu’une étoile filante dans le paysage de la presse BD francophone, son âge d’or se concentrant sur les cinq premières années de la revue et disparaissant en 1987. Métal hurlant, le film, naît de la version américaine de la revue, les auteurs français ne pouvant participer au projet pour des questions de droits. Richard Corben, Juan Gimenez, Dan - Alien - O’Bannon, Berni - Swamp Thing - Wrightson, mènent donc la danse de ce mélange barbare de Heroic Fantasy et de science-fiction. Au menu : femmes dénudées, gros biceps, violence et explosion d’esgourdes avec des morceaux de Trust, Blue Ôyster Club, Cheap Trick, Grand Funk Railroad, Black Sabbath (le tout sur une musique originale d’Elmer Bernstein), le film prenant aussi sa source dans l’univers rock qui était également au cœur de la revue. Ce film à sketchs (liés entre eux par le pouvoir démoniaque du Loch Nar), réalisé dans l’urgence et par plusieurs studios, est au niveau de l’animation totalement hétéroclite. Si le segment Captain Sternn (adaptation de Berni Wrightson) tient toujours bien la route, la majorité des réalisations souffre d’une animation laborieuse et d’un manque flagrant de finition. Les réalisateurs font en outre appel à de nombreuses techniques d’animation, dont la rotoscopie alors très en vogue (prises de vue réelles retravaillées par les dessinateurs, notamment utilisée par Ralph Bakshi pour son Seigneur des anneaux), ce qui renforce encore le côté foutraque du projet. Comme en feuilletant les pages de la revue, on passe d’un auteur à l’autre, on change de style et de ton. Ce qui peut décontenancer, mais qui finalement reflète bien l’ambiance du magazine qui voit coexister des auteurs dont le seul point commun est la volonté de faire de la BD pour adultes. Le film lorgne souvent du côté de la grosse farce, appuyé par la présence de quelques grands noms de la comédie canadienne et américaine (Harold Ramis, Eugene Levy ou John Candy aux voix, Ivan Reitman à la production…), un humour certes machiste mais aussi irrévérencieux et totalement décomplexé (voir le segment cocaïné, complètement inimaginable aujourd’hui). On peut surtout piocher dans ce film fait de brics et de brocs des passages qui reflètent une époque où les fresques de Frazetta, le space rock de Hawkwind et les récits de Michael Moorcock formaient une alternative salutaire à la toute puissance du mythe Star Wars. |