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Bubba Ho-tep

Affiche de Bubba Ho-tep

Bubba Ho-tep

Réalisé par Don Coscarelli 

Fantastique, Horreur - États-Unis - 2002

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Elvis Presley et John Fitzgerald Kennedy. Deux icônes de l’Amérique vieillissantes qui croupissent dans un hospice du Texas. Deux icônes qui se réveillent et vont faire un dernier tour de piste lorsqu’une momie égyptienne se réincarne et vient dévorer quelques âmes aux alentours. Bubba Ho-Tep est un choc. Force est d’avouer que l’on n’attendait plus vraiment grand-chose de Don Coscarelli, embourbé dans sa franchise des Phantasm. Jugement expéditif, car c’était sans compter sur la fougue de ce réalisateur, qui à vingt-deux ans avait déjà signé deux longs métrages, et qui à vingt-cinq inventait son personnage de croque-mort, ses boules volantes tueuses et signait l’un des films phares du cinéma fantastique des années 80, Phantasm, premier du nom. Bubba Ho-Tep, c’est d’abord un récit délirant de Joe R. Lansdale, inadaptable selon l’auteur. Imaginez Elvis, non pas mort étouffé dans sa graisse, mais moisissant dans une maison de retraite et souffrant d’un cancer du pénis. Imaginez John Fitzgerald Kennedy, non pas assassiné à Dallas, mais toujours vivant, son cerveau ayant été transplanté par Lyndon Johnson dans le corps d’un noir. Imaginez enfin ces deux croulants luttant contre un cafard géant aspirant les âmes par l’anus de ses victimes. Pitch parfait pour une série B iconoclaste et vulgaire, pour un grand portnawak des familles. Et pourtant, adapté par Coscarelli, Bubba Ho-Tep est tout autre chose. Il faut dire que le cinéaste est bien entouré. D’abord par ses acteurs, Bruce Campbell et Ossie Davis, tout simplement parfaits. Ensuite par son chef opérateur Adam Janeiro, un inconnu qui signe une photo splendide qui transcende les décors limités et ternes de la maison de vieillesse. Enfin par Brian Tyler qui compose une merveille de musique. Mais tout cela ne serait rien sans le scénario de Coscarelli et la foi totale que le cinéaste met dans son histoire et ses personnages. Il est toujours étonnant de voir à quel point le cinéma de genre reste souvent le seul capable de prendre à bras-le-corps des sujets de cet acabit. Car décrire le quotidien d'une maison de repos, le corps qui décrépit, l'existence qui se rétrécit au seul fait de manger et déféquer, oser parler de la libido des personnes âgées, de leurs peurs face à la maladie et la mort… autant de thèmes qui ne peuvent qu’effrayer réalisateurs et producteurs. Don Coscarelli, par le biais du fantastique, s’empare du sujet de manière frontale, sans tabou, avec une sincérité absolument déconcertante. Monter un tel projet alors que la quasi totalité de la production cinématographique est tournée vers les ados et les gamins tient de la gageure. Ça tient de la foi, et son film en regorge. Car il est évident que Coscarelli croit en son sujet, en ses personnages. Cette croyance lui permet de transformer des dialogues qui pourraient ailleurs être des plus scabreux en confessions justes et touchantes. Les situations les plus loufoques deviennent l’occasion pour les deux grabataires de faire une dernière fois feu de tout bois, de retrouver une dignité et une jeunesse enfuies. Coups de feu dans la Sierra n’est pas loin, avec ses icônes qui n’ont plus leur place dans l’Amérique contemporaine. Bubba Ho-tep bat à la mesure de ses héros fatigués (comme le faisait si bien Lynch avec Une histoire vraie), Coscarelli refusant de céder à la mode montage MTV. Le film est lent car mélancolique, emprunt d’une profonde tristesse, ralenti comme une vie qui s’éteint. Seules quelques scènes d’action très cut viennent rompre ce rythme, déconcertant autant les spectateurs que les protagonistes de l’histoire. Si la vieillesse est le coeur du film, Coscarelli aborde d’autres thèmes, toujours de manière discrète et juste. Cet hospice, c’est le mouroir d’une Amérique rebelle, celle des 60’s, de la révolte, des droits civiques. Ses témoins, ses acteurs ressassent leurs souvenirs dans l’indifférence des nouvelles générations, crient dans le vide. Ces vieux mourants, c’est une génération contestataire que plus personne n’écoute. Mais avec ce dernier baroud d’honneur, Elvis et JFK prouvent que le rock n’est pas mort. Bubba Ho-Tep, c’est aussi une belle réflexion sur le statut d’icône. A quoi Elvis doit-il d’être un héros national ? A-t-il usurpé ce titre ? Coscarelli lui offre une forme de rédemption en lui permettant, au crépuscule de sa vie, de retrouver la fierté, d’être le héros qu’il n’a peut-être jamais vraiment été. C’est le plus beau des cadeaux fait au King. Bubba Ho-Tep est un pur chef-d’œuvre du genre, un film qui touche directement au coeur, un film qui redonne tout son sens au cinéma de genre. Immense.

Olivier Bitoun


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