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Un été avec Monika

Affiche de Un été avec Monika

Sommaren med Monika

Réalisé par Ingmar Bergman 

Comédie dramatique - Suède - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Monika est le douzième film de Bergman, alors âgé de 34 ans. C’est l’histoire d’un jeune couple qui tente de fuir un environnement sordide, le poids de la famille, pour vivre un amour loin de toute contrainte, un amour en liberté. L’année de sa sortie, le film fut mal perçu, presque considéré comme une production pour les circuits de salles spécialisées. Effectivement, rarement les écrans n’avaient accueilli jusqu’ici de film montrant le désir sexuel d’une manière aussi affranchie. Il eut cependant des défenseurs, au premier rang desquels François Truffaut (qui cite explicitement Monika dans une scène des 400 coups où les enfants volent une photo du film) et Jean-Luc Godard qui écrivait, en 1958 certes, à propos du célèbre regard caméra d’Harriet Andersson, qu’il s’agissait du « plan le plus triste de l’histoire du cinéma », ou encore que « Monika est le film le plus original du plus original des cinéastes. C’est au cinéma d’aujourd’hui ce que Naissance d’une nation est au cinéma classique ». Bergman n’est pas encore un cinéaste reconnu internationalement (pour cela il faudra attendre Sourires d’une nuit d’été et Le Septième sceau) mais déjà, comme le souligne Godard, la modernité de son cinéma est évidente, bien qu’encore latente. Une modernité qui trouve ses racines dans les expérimentations formelles des cinéastes des années 30 comme Epstein, Murnau ou Dreyer. Comme ses aînés, Bergman fait de la belle image et ne s’en cache pas. Cadrages savamment orchestrés, images esthétisantes de ciels nuageux, de lacs, de forêts, une recherche visuelle poussée qui dans les années 50 se heurte à une certaine doxa critique. C’est que pour Bergman la beauté de l’œuvre participe de la conception même de l’art. Faire surgir la beauté permet au spectateur de rentrer en résonance avec l’œuvre, de provoquer une émotion qui lui fait partager pleinement les enjeux du film. Cependant, cette modernité, il faut la tempérer quelque peu, Monika ne laissant pas encore présager ce que seront quelques années plus tard Persona ou L’Heure du loup. C’est plutôt un film de rupture, qui clôt un cycle et ouvre sur d’autres horizons de cinéma. Pour ce nouveau départ, Bergman doit d’abord se ressourcer, plonger dans ce cinéma qu’il aime tant : la fraîcheur, l’érotisme et la liberté du cinéma muet, la sensualité du Renoir d’Une partie de campagne et surtout la noirceur et la poésie du cinéma français des années trente incarné par Carné ou Duvivier. C’est à ces deux cinéastes que Monika fait le plus penser, ne serait-ce que par le côté implacable de l’histoire, sa construction en boucle. En découvrant les films de Carné et Duvivier entre 1936 et 1939, Bergman se dit que s’il parvient un jour à devenir cinéaste, c’est de cette manière qu’il réalisera ses films. « Il y a en eux une tristesse, une tendresse et une sensualité que je trouve tout simplement magnifiques », toutes choses que l’on retrouve dans les premiers films de Bergman et qui trouvent leur aboutissement dans Monika. Drame bouleversant, Monika est surtout un film de sensations. Les frémissements de la peau, la texture de la chair, le souffle d’une poitrine, le temps qui passe, le soleil sur les corps, le vent, Bergman réalise ici l’une des œuvres les plus sensuelles qui soit. Monika fait partie de ces quelques films de Bergman qui sont les étapes d’une filmographie d’une prodigieuse richesse. A la fois bilan et ouverture sur une nouvelle période, c’est un film indispensable pour comprendre et découvrir Bergman, et plus simplement un chef d’œuvre.

Olivier Bitoun



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