Chercher un film :

Série noire

Affiche de Série noire

Série noire

Réalisé par Alain Corneau 

Film noir - France - 1979

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Au départ, un roman de Jim Thompson. Sombre, très sombre… est-il nécessaire de le rappeler ? Dès le début de sa carrière, Corneau est attiré par l'univers de Thompson. Après chaque nouveau film, il se dit que c’est le moment d’adapter l’un de ses chefs-d’œuvre. Mais il n’y arrive pas, ne se sent pas prêt. 1275 âmes aboutit presque mais le projet est avorté, et ce seront Tavernier et Aurenche qui finalement le porteront à l’écran deux ans plus tard sous le titre Coup de torchon. Alors qu’il vient de signer trois films, trois réussites (France société anonyme, Police Python 357 et La Menace), le déclic se fait. C’est d’abord le visage de Patrick Deweare qui se superpose au héros largué du roman Des cliques et des cloaques (A Hell of a Woman), sa fragilité, sa folie latente. C’est ensuite sa rencontre avec George Pérec au travers de son livre Je me souviens. Il y trouve cet ancrage très prononcé dans la France des années 70, les mots, les détails qui permettraient de transposer ce roman purement américain dans la France giscardienne. Pérec signe donc les dialogues, Deweare incarne Franck et Corneau trouve une manière de mettre en scène qui exprime l’urgence et le désarroi du personnage principal. Pas de maquillages, très peu d’éclairages, quasi pas de perches mais des micros portés par les comédiens, un tournage dans la continuité du récit, presque pas de plans préparés en amont. Les comédiens sont libres de leurs mouvements, ils peuvent improviser (même si Deweare rejette la proposition de Corneau d’improviser complètement son personnage et lui demande au contraire des textes très écrits, quitte à les transformer par la suite), à charge pour l’équipe technique de les suivre. Série Noire est ainsi un film d’une incroyable fluidité, qui épouse à la perfection l’errance de Franck. Car l’enjeu pour Corneau est de retranscrire par l’image un roman constitué d’un long monologue. La forme du film nous plonge ainsi dans l’esprit torturé de son personnage, nous fait partager chacun des évènements qui concourent à sa lente descente enfer. On colle à la peau et à l’esprit de Franck, on comprend chacun de ses gestes, même les plus absurdes, même les plus autodestructeurs. Série Noire est un film d’une noirceur insondable. En décortiquant les mécanismes de la violence, Corneau se voit attribué une interdiction au moins de dix-huit ans. Lorsque l’on voit l’absence totale de violence à l’écran, on mesure celle contenue dans les propos du film. Il faut dire que le film renvoie un portrait sinistre de la France des banlieues. Terrains vagues, tours HLM grisâtres, pavillons décrépis, misère sociale et culturelle. Un environnement déliquescent dans lequel Franck, qui s’imagine pouvoir s’en sortir sans y croire vraiment, se débat et chute. Série noire n’est pas un polar, c’est un drame humain, terriblement réaliste, une descente aux enfers qui remue des questions profondément existentielles, des questionnements sur notre société de consommation. Série noire est un blues, une compleinte, un cauchemar poisseux, une dérive, un film imprévisible, surréaliste et accroché au réel. Patrick Deweare y est encore plus éblouissant qu’à l’accoutumée. Franck Poupart, ce looser magnifique, est l’un des plus beaux personnages de cinéma et Série Noire le chef d’œuvre d'Alain Corneau.

Olivier Bitoun


Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
5 5 4 4 4

: clAssik : À ne pas rater : À découvrir
: À l'occasion : À vos risques et périls : À fuir

Soyez le premier à déposer un commentaire.

Déposer un commentaire

Nom
Appréciation
Commentaire