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Lifeboat

Affiche de Lifeboat

Lifeboat

Réalisé par Alfred Hitchcock 

Thriller, Suspens - États-Unis - 1943

Aucune diffusion prévue à ce jour.
On sait que tout au long de sa carrière Hitchcock n’a cessé d’expérimenter et d’innover, vision ludique du cinéma qui consiste à se fixer de nouvelles gageures. Alors que La Corde tissera son fil sur un seul plan courant d’un bout à l’autre du film Lifeboat propose un autre pari qui consiste à filmer un conflit psychologique dans un seul lieu, une barque perdue au fin fond de l’océan. Aucun récit secondaire, même pas un plan général pour venir aérer ce huis clos qui paradoxalement se déroule dans l’infinité d’un espace qui n’a d’autre mur que l’horizon. Hitchcock a constaté que quelque soit le sujet d’un drame, la grammaire cinématographique ne varie que peu, tournant essentiellement autour de l’usage de gros plans. Hitchcock s’imagine alors qu’il est possible de tourner un drame sans aucun décor, ceux-ci n’étant utilisés que comme enrobage dans la majorité des films. John Steinbeck est appelé pour écrire un scénario se passant uniquement dans un radeau mettant aux prises un groupe de rescapés d’un naufrage et un soldat nazi qui faisait partie de l’équipage qui a coulé le navire. Hitchcock, peu satisfait du traitement de l’écrivain, fait plusieurs fois réécrire le script qui est au final une intéressante parabole de la situation des alliés en ce début de guerre mondiale. Lifeboat est en effet un appel au rassemblement des alliés, un appel à la cohésion des forces pour lutter contre l’ennemi au-delà des différences idéologiques et politiques. Le groupe de naufragés passe son temps à se quereller et à s’affronter, hypothéquant ainsi leurs chances de survie. En face l’officier nazi sait, lui, où il va, sa ruse et son intelligence lui permettant de manipuler ses adversaires en jouant sur leurs dissensions. Deux groupes donc, l'un disparate où un communiste côtoie un industriel fascisant, l’autre représentant un ordre destructeur mais structuré symbolisé par un individu unique. Lifeboat soulève des interrogations morales passionnantes, et Hitchcock se plaît à jouer sur les doutes qui envahissent les naufragés. Doivent-ils apprendre à pardonner malgré la haine que leurs inspirent le Nazi ? Ont-ils fait rentrer le loup dans la bergerie en le secourant ? Faut-il éliminer la menace sans procès ? Peut-on se mesurer aux bêtes en en devenant une ? Hitchcock, en véritable entertainer, fait passer ces questions par un récit palpitant au suspens haletant. Son génie de la mise en scène éclate constamment et le maestro parvient sans peine à relever le défi originel. Il faut voir la manière dont il utilise un objet, un détail, pour faire rebondir son récit, caractériser en quelques secondes un personnage ou encore pour poser les enjeux dramatiques. Il convient également de saluer la finesse de trait des personnages qui ne sont jamais sacrifiés à l’intrigue mais au contraire décrits en profondeur, Hitchcock s’attachant à leur évolution bien plus qu’aux multiples retournements de situation qui ponctuent le film. Un modèle de cinéma, aussi riche et stimulant que sidérant de maîtrise. Ou comment, même dans un film jugé à tort comme mineur par beaucoup, le génie supérieur d’Hitchcock éclate à chaque plan de manière évidente.

Olivier Bitoun



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