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Portrait d'une enfant déchue

Affiche de Portrait d'une enfant déchue

Puzzle of a Downfall Child

Réalisé par Jerry Schatzberg 

Drame - États-Unis - 1970

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Lou Andreas Sand (Faye Dunaway) est une cover-girl jadis célébrée mais qui, suite à une dépression, s'est isolée dans une maison perdue au bord de l'océan. C'est là qu'elle retrouve un vieil ami, Aaron Reinhardt (Barry Primus), un ancien photographe de mode devenu cinéaste. Aaron souhaite faire un long entretien avec elle pour un projet de film. Lou accepte le jeu et au fil de leurs discussions lui délivre son histoire, de l'ascension à la chute, lui fait part de ses doutes et de ses espoirs... Jerry Schatzberg est un photographe célèbre lorsqu'il se lance à quarante-trois ans dans la réalisation de son premier film de cinéma. Il souhaite raconter l'histoire d'une femme qui l'a énormément aidé à ses débuts dans le métier, la mannequin Anne Saint Marie. Il dispose de trois heures et demie d'enregistrements avec elle mais comprend très vite qu'il ne peut adapter directement cette histoire, qu'il doit faire un important détour par la fiction pour saisir quelque chose de sa vie, de cette angoisse existentielle qui l'a mené à la dépression. Ce ne sont en effet pas tant ces souvenirs gravés sur bande magnétique qu'il importe de mettre en scène que la façon dont se mêlent dans les paroles d'Anne Saint Marie à la fois un regard sans fard sur sa vie passée et un penchant à reconstruire, à réinventer ce même passé. La forme en puzzle de « Portrait d'une enfant déchue » vient de cette volonté de percer le mystère de cette femme. On peine à comprendre que la critique américaine ait aussi mal considéré ce premier essai, taxé à sa sortie de « film de photographe de mode », tant il est évident que celui-ci ne correspond en rien à cette étiquette insensée. D'une part car la mise en scène de Schatzberg se révèle constamment tenue, presque austère, la photo signée Adam Hollander ne venant jamais faire du beau, de l'esthétisme facile. D'autre part car le scénario, même s'il est très documenté sur l'univers de la mode et la vie des mannequins, dépasse le cadre de ce seul milieu. Lou évolue dans un milieu où vieillir est impossible. Il y a toujours une plus jeune qui vient faire oublier l'ancienne star, mais cette inexorable avancée du temps concerne tous les métiers, tous les milieux et, bien sûr, notre vie même. La mode pousse jusqu'à l'absurde le culte de l'éphémère, de l'apparence, mais Schatzberg nous fait bien sentir que ces cultes sont complètement ancrés dans nos sociétés modernes. Lou incarne cette marchandisation des corps, cette tendance à nier l'individu pour ne s'intéresser qu'à ce qu'il peut rapporter. Elle a été complètement achetée par la société marchande, son corps ne lui appartient plus. Elle pensait parvenir à sauver son âme mais se rend compte que c'est elle toute entière qui a été avalée par cette machine vorace du succès qui nie l'individu au profit de sa seule image. « Puzzle of a Downfall Child » est ainsi à la fois un beau portrait de femme, une plongée dans la dépression mais aussi un portrait en creux des années 70, du rapport à l'image qui bascule dans ces années charnières. Schatzberg travaille ainsi la forme documentaire au sein d'une fiction, montrant combien les frontières sont poreuses entre ces deux genres que l'on croyait jusqu'ici bien distincts. Le film est un vrai reportage sur Anne Saint Marie, un portrait du monde de la mode mais tout cela passe par une mise en fiction de ce fond documentaire. Le cinéaste montre aussi en direct comment l'image devient mensonge, comment elle est capable d'épouser un point de vue, d'incarner un fantasme. Il y a ainsi dans ce film très cérébral, à la fois un intense sentiment de vérité et la sensation que tout est friable, irréel, soit deux des grands thèmes du Nouvel Hollywood. « Puzzle of a Downfall Child » fait parfois penser à un film de Bergman. On y retrouve la même forme de sécheresse mêlée d'émotion, le même goût pour les expérimentations formelles, la même installation très simple (une maison, un magnétophone) qui permet de scruter en profondeur les âmes des personnages.

Olivier Bitoun



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