| 1840. Dimitri Sanine (Timothy Hutton) est un jeune aristocrate russe qui voyage en Allemagne. Alors qu'il loge à Mayence, il s'éprend de Gemma Rosselli (Valeria Golino), fille d'un couple de pâtissiers promise à un fiancé balourd rapidement éconduit par la belle qui ne manque pas de tomber sous le charme exotique du jeune homme. Il se marient et Dimitri décide de vendre ses biens pour satisfaire les besoins de sa belle famille. Une compatriote, Maria Polozov (Nastassja Kinski), décide de se porter acquéreur. C'est une intriguante qui se plaît à voir ses mignons se battre en duel pour ses beaux yeux. Dimitri, malgré son amour sincère pour Gemma, tombe éperdument amoureux de cette femme fatale... L'une des particularités du cinéma de Jerzy Skolimowski est que ses œuvres les plus mémorables (« Deep End », « Travail au noir », « Le Départ »...) s'appuient sur quelques lignes de scénario. Son art a une fâcheuse tendance à se diluer lorsqu'il s'agit pour lui de construire précisément un récit, comme lorsqu'il doit adapter Nabokov (« Roi, Dame, Valet ») ou Arthur Conan Doyle (« Les Aventures du brigadier Gérard »). Lui qui aime multiplier les pistes, les signes, qui pousse le spectateur à trouver son propre chemin, est bien moins à l'aise lorsqu'il s'agit de baliser une histoire. « Les Eaux printanières », adaptation d'un roman de Tourgueniev, fait partie de cette catégorie de films. Le scénario, qui souffre visiblement d'avoir été maintes fois remanié, se concentre sur l'aspect romantique et sentimental, un genre qui ne sied pas particulièrement à Skolimowski. Le goût pour la belle image et la reconstitution, si symptomatique des coproductions européennes, finit d'étouffer le cinéaste. Mais si Skolimowski n'est ici que l'ombre de lui-même, « Les Eaux printanières » a un côté troublant qui le rend in fine pas totalement inintéressant. Car le cinéaste en se désintéressant visiblement des atermoiements amoureux de son héros, creuse le côté sombre de l'histoire, révélant une noirceur qui vient peu à peu contaminer la mécanique trop huilée du récit. Sous les froufrous des costumes, le foisonnement des décors et la beauté de la photographie (signée Dante Spinotti) se cachent ainsi des scènes plus troubles, étranges, qui sont comme en dissonance avec le reste du film. La présence de Skolimowski derrière la caméra sauve donc le film, même si l'on ne peut que regretter une fois de plus que le cinéaste perde ainsi son temps dans un projet aussi impersonnel. Très vite après son départ de Pologne, Jerzy Skolimowski s'est d'ailleurs senti prisonnier de ces adaptations prestigieuses qu'étrangement on lui confie régulièrement. Il ne goutte guère ces productions, où il se sent comme un artisan et non comme un artiste, même si par ailleurs il peut apprécier les romans qu'il adapte. Deux ans après ces « Eaux printanières », il réalisera « Ferdydurke » d'après Witold Gombrowicz, nouvelle expérience désastreuse à ses yeux qui le poussera à abandonner le cinéma pendant dix huit ans. |