| Sur une île perdue, une poignée d’hommes est en lutte contre des zombies, forcément voraces, forcément amateurs d’éviscérations et autres démembrements dont le commun des mortels, si terre à terre, ne perçoit pas la fine beauté. Heureusement, Lucio Fulci est là. Le chantre de l’énucléation poétique, de la lacération comme objet d’art, nous livre avec L’Enfer des zombies un petit bijou de déluge gore du plus bel acabit à même de satisfaire le plaisir pervers de tout cinéphile un tant soit peu déviant.
Comme toujours dans un film de Fulci, il y a des moments d’étrange poésie morbide, une certaine grâce du gore. L’Enfer des zombies ne peut certes rivaliser avec les magnifiques Au-delà et Frayeurs réalisés peu après, mais cette réalisation marque une évolution importante dans le style et l’imaginaire du réalisateur. Jusqu’ici Fulci a surtout marqué l’histoire du cinéma de genre avec quelques perles issues du western (Le Temps du massacre, Quatre de l’apocalypse) ou encore du giallo (L’emmurée vivante) et L’Enfer des Zombies peut être considéré comme l’entrée en fracas de son réalisateur au panthéon de l’horreur.
Distribué en France sous le titre Zombi 2, quelques mois après la sortie du film de Romero, L’Enfer des zombies n’a rien du film opportuniste voguant sur le succès naissant du gore. C’est un véritable jalon du genre, un film dont l’imagerie barbare est transcendé par un soin constant apporté aux cadrages (superbe cinémascope). Si le scénario se révèle squelettique et ne porte en aucun cas les mêmes enjeux politiques que la saga de Romero, Fulci prend à bras le corps le genre dans lequel il s’inscrit avec un premier degré qui n’exclut pas les trouvailles les plus délirantes. La scène sous-marine mettant aux prises un Zombie et un requin restera ainsi un grand moment d’anthologie. Mais L’Enfer des zombies ne s’arrête pas à ce morceau de bravoure, ni à une célèbre énucléation longtemps absente des versions VHS. Citons en vrac une orgie anthropophage, des conquistadors quelque peu décatis, un fort Alamo zombiesque… autant de scènes où le génie graphique de Fulci explose. Si la caractérisation des personnages est des plus minimales, les acteurs (dont Tisa Farrow, la sœur de Mia) apportent ce soupçon de conviction qui, allié au sens du rythme et du suspens de Fulci, parvient à impliquer émotionnellement le spectateur au-delà du déluge d’effets sanglants. Zombi 2 est une véritable réussite, anthologie de scènes gores et annonce d’un univers lyrique et morbide que Fulci concrétisera bientôt avec son diptyque infernal. |