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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Mathieu Amalric 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Avec « La Chose publique », Mathieu Amalric répond à une commande d'Arte pour la série « Masculin / Féminin ». L'histoire est celle un cinéaste, Philippe Roberts, qui réalise pour la même collection un film satirique autour de la loi sur la parité hommes / femmes dans la politique française. Il s'agit du « Lit national », une fiction qui met en scène sous forme de vaudeville une campagne électorale à Montauban. Mais en cours de route, Roberts détourne la commande de la chaîne de télé pour raconter ce qui l'intéresse réellement : la séparation entre un homme et une femme, ou plutôt sa séparation d'avec sa compagne Julia (Julia Roberts donc !) qui lui annonce trois semaines avant le début du tournage qu’elle part vivre avec un autre homme. Une histoire derrière l'histoire derrière l'histoire donc, Amalric et ses co-scénaristes (Christine Dory et le fidèle Marcelo Novais Teles) s'amusant de multiples mises en abîme : outre la construction en gigogne, on trouve des dirigeants d'Arte joués par les vrais, Michèle Laroque et Bernard Menez - les interprètes du « Lit conjugal », - dans leur propre rôle, le monteur du film de Roberts est bien celui de « La Chose publique »... On est ainsi forcément amené à penser qu'Amalric raconte sa propre histoire, lui et sa compagne (Jeanne Balibar avec qui il vient de rompre) étant alors les seuls personnages « réels » à être interprétés par des acteurs (Jean-Quentin Chatelain et Anne Alvaro). Le jeu sur les apparences est joliment mené par Amalric qui n'en fait jamais trop et utilise cette mise en abîme de façon ludique et joyeuse. On devine qu'il est question dans le film d'une disparition (celle d'un couple et donc celle d'Amalric et de sa compagne Jeanne Balibar absents de l'écran), mais le cinéaste a la délicatesse de laisser ces thèmes un peu lourds en suspens, en arrière-plan. Ce qui compte, c'est l'énergie, la vitalité qu'il veut imprimer à son film. Amalric veut montrer comment un réalisateur peut se rapproprier une commande en y mettant de sa vie, de son plaisir de cinéaste, la transformant en quelque chose de personnel et d'artistiquement motivant. Ce qui est peut-être le plus réussi dans son film, c'est la façon dont il se ressource au fur et à mesure que « Le Lit conjugal » part à vau-l’eau, que le chaos s’empare du tournage et que Roberts perd les pédales. Peu à peu le réel et la fiction s’emmêlent, l’incohérence devient reine et les séquences se succèdent dans un joyeux bordel. Cependant, au milieu de ce joyeux foutoir, et alors qu'il semble afficher clairement son intention de détourner la commande d'Arte (comme Chatelain le fait de son côté), Amalric respecte bel et bien le cahier des charges de la série. « La Chose publique » s'intéresse réellement à la question de la parité en politique - alors même que l'on pensait que ce n'était qu'un McGuffin - et le film ne cesse d'interroger l'équilibre entre l'homme et la femme. Au-delà du travail scénaristique, cette commande est l'occasion pour Mathieu Amalric d'utiliser la vidéo, et même plusieurs types d'images vidéo : DVC Pro pour tout ce qui se déroule en direct dans le film, DVC Pro 16/9 (à l'image proche du 35mm) pour « Le Lit national »), V8 pour le film intime tourné par Roberts (qui souhaite enregistrer la fin de son couple) et enfin PD 150 pour les images d’un véritable reportage réalisé par Pamela Varela et ayant pour sujet la loi sur la parité (reportage qu'elle a réalisé en amont du film). Chaque élément constituant le récit est ainsi clairement associé à une texture d'image. Seulement, Amalric s'amuse à glisser des grains de sable dans la mécanique (dans le film intime de Roberts, on voit Chatelain et Alvaro se tromper, se reprendre et refaire la prise), incrustant des morceaux de réel dans ce qui est estampillé fiction et semant finalement le doute sur le régime de ce que l'on voit. L’autofiction – on l’a déjà vu avec « Mange ta soupe » - est un moteur pour le cinéaste, comme pour Roberts qui ne parvient à s’intéresser au film qu’il tourne que si celui-ci lui permet de parler de lui-même. Seulement, Mathieu Amalric est totalement conscient de ce fait et il s’amuse de ce nombrilisme ; et les multiples mises en abîme de « La Chose publique » lui permettent de prendre un recul ironique sur sa façon de concevoir la réalisation. Pour peu que l’on aime les films un peu brouillons, inachevés, bricolés, alors « La Chose publique » est un vrai petit bonheur.

Olivier Bitoun



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