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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Charles Burnett 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Ce premier film de Charles Burnett est un événement dans le paysage du cinéma Noir américain, jusqu'ici cantonné soit à la Blaxploitation, soit au pamphlet politique radical à la manière d'un Melvin Van Peebles et de son « Sweet Sweetback's Baadasssss Song ». Dans les deux cas, des films qui clament haut et fort l'identité et la fierté du peuple noir, l'un avec des vues plutôt mercantiles, l'autre dans l'optique d'appuyer le combat porté ailleurs par les Black Panthers. Burnett choisit, lui, une toute autre voie, celle du réalisme et du refus du militantisme afro. Avec ce premier long métrage, un film de fin d'études à l'UCLA, Burnett raconte la vie quotidienne dans le quartier de Watts à Los Angeles, là où le cinéaste a grandi. Alors que le souvenir des émeutes est encore dans tous les esprits, « Killer of Sheep » ne dégage aucune haine, aucun ressentiment ou désir de vengeance, ce qui ne l'empêche pas d'être une œuvre profondément sociale et politique. Si le film porte bien un discours, il n'a aucune vocation pamphlétaire ou didactique, pas plus qu'il n'a le désir d'être spectaculaire. Burnett, en suivant Stan, un employé des abattoirs, ses amis prolétaires et quelques autres personnages gravitant autour du groupe, choisit de parler de la "middle-class" de la communauté black. Il ne filme pas la drogue, la prostitution, les trafics (qui sont le terreau de la Blaxploitation), l'extrême pauvreté et les conditions de vies désastreuses des ghettos, mais plutôt le quotidien d'un quartier, où l'on ressent certes ces problèmes, mais de manière un peu lointaine, périphérique. Il raconte un quotidien moins spectaculaire en terme de cinéma mais plus proche de nous : celui qui consiste à travailler sans compter pour gagner de quoi vivre, à lutter pour ne pas plonger dans le crime ou la drogue, à conserver sa dignité. Burnett ne filme pas le quart-monde, simplement des histoires partagées par l'ensemble de la classe populaire américaine. Il n'offre pas une vision romantique du monde ouvrier, ne montre pas de grandes victoires ou des défaites, mais la lutte quotidienne de ces hommes et femmes, leurs espoirs et leurs désillusions. Pas de véritable intrigue, juste des instantanés de scènes de tous les jours : Stan à l'abattoir, sa virée avec un pote pour acheter un moteur de voiture, un enfant témoin du vol d'une télé... des séquences à la fois tristes, dépressives, mais aussi parfois étonnamment joyeuses ou douces. Des instants en demi-teinte, comme la vie, qui donnent cette sensation de vérité, une sensation appuyée par le fait que Charles Burnett tourne avec des acteurs non professionnels, avec ses amis et connaissances de Watts. La forme mosaïque du récit est aussi celle d'une bande originale qui compte un nombre impressionnant de morceaux racontant, à leur manière, l'histoire des Afro-Américains. On va ainsi de Louis Armstrong à Earth, Wind and Fire, en passant par Howlin' Wolf ou encore Scott Joplin ou Gershwin, ce qui n'a pas été sans poser quelques problèmes pour la distribution, les seuls droits des morceaux coûtant plus de dix fois le coût du film (150 000 dollars pour 10 000 de budget !). « Killer of Sheep » reste ainsi longtemps dans les cartons avant que l'UCLA ne paye officiellement les droits. Ce petit film d'études tourné en 16mm et en noir et blanc fera finalement partie des cinquante films conservés à la Bibliothèque du Congrès et il est, à ce titre, considéré comme trésor national. Étrange et heureux destin qui en dit long sur l'importance historique de ce film, de sa place à part dans le paysage du cinéma américain. A découvrir absolument.

Olivier Bitoun



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