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Le Cheval de Fer

Affiche de Le Cheval de Fer

The Iron Horse

Réalisé par John Ford 

Western - États-Unis - 1924

Aucune diffusion prévue à ce jour.
La Paramount avait fait carton plein en 1923 grâce à James Cruze et à sa “Caravane vers l’Ouest” (“The Covered Wagon”) qui narrait l’histoire de quelques courageux pionniers partant de Kansas City à destination de leur terre promise, à savoir la Californie et l’Oregon, affrontant obstacles divers et variés. La Fox décide alors d’exploiter ce succès et de riposter, mettant en œuvre à son tour son ‘super-western’ spectaculaire et semi-documentaire ; ce sera “Le Cheval de Fer” mis en scène avec vigueur par un John Ford d’à peine 29 ans, dont le style et le ton étaient déjà bien en place même s’il s’aventurera rarement par la suite dans cette forme épique. Le film débute par une séquence où, devant un jeune Lincoln encore inconnu, le père de Davy Brandon dévoile son rêve grandiose d’un chemin de fer transcontinental reliant les deux océans. Il est tué sous les yeux de son fils par un Indien curieusement grimé alors qu’ils étaient tous deux partis en reconnaissance du futur tracé de leur voie ferrée chimérique. Davy rejoint plusieurs années après les rangs des ingénieurs de l’Union Pacific, Abraham Lincoln ayant entre-temps ratifié ce projet fou le 1er juillet 1862 alors même que la Guerre de Sécession continuait à faire rage, et contre l’avis de ses conseillers qui ne comprenaient pas qu’on puisse dépenser une telle somme d’argent alors que leur armée en avait encore grandement besoin… C’est cette page d’histoire américaine, une fresque de la civilisation en marche, l’unification réussie de la nation par le peuple et les machines, que nous suivons pas à pas avec ses implications politiques et sociales, ses hommes illustres (Lincoln, Buffalo Bill, Wild Bill Hickock) ou inconnus qui l’écrivirent. Le film s’achève par la réussite de ce projet, avec les deux locomotives (la ‘Jupiter’ et la ‘116’ authentiques que put utiliser la Fox) qui se rejoignent face à face, le dernier clou doré étant enfoncé après des années d’efforts et grâce au travail harassant de milliers de Chinois, Noirs, Irlandais, Indiens Pawnees ou Italiens ayant vécu côte à côte. John Ford évite encore en revanche d’aborder les conséquences qu’aura eu cette avancée technologique sur l’ensemble de la Nation indienne. Avec un budget et des moyens considérables, au prix d’un tournage éprouvant au Nevada, John Ford réussi à rendre crédible sa monumentale épopée. “Le Cheval de Fer” brasse grande et petites histoires avec un entrain, une puissance et une vitalité rarement pris en défauts. Seulement, dans le courant du film, on se prend parfois à regretter que le côté documentaire n’ait pas été plus mis en avant, que la variété des paysages traversés n’aient pas été plus exploitée, que l’ampleur de certaines images aient été coupée trop vite par un montage trop dynamique, que certaines séquences n’aient pas été raccourcies, que la partie romantique soit si sacrifiée et dans le même temps si peu touchante, et enfin que les scénaristes se soient un peu trop éparpillés même si leur travail est très bien construit. Mais ce serait malhonnête de reprocher à un récit homérique, à une odyssée aussi monumentale, un trop plein d’aventures ou de personnages, d’imputer à Ford d’en avoir donné au public pour son argent ! Il eut juste fallu qu’il nous impliquât un peu plus sur le plan de l'émotion et qu’il s’appesantisse plus longuement sur la beauté plastique merveilleuse de ses extérieurs. Car à côté de cela, il nous délivre un spectacle plus qu’estimable avec un sens aigu du détail et du cadre, une humanité qui lui est propre dans sa description d’une faune bigarrée et cosmopolite, un réalisme certain (les trognes, les vêtements, les lieux et paysages, encore une fois très éloignés du cliché glamour et propre sur lui qu'on se fait trop systématiquement du western américain d'avant Peckinpah et Leone) et une virtuosité déjà admirable ; voire à ce propos le montage fabuleux de la scène de la bagarre dans le saloon ou la puissance des images lors de la chasse aux bisons ou de l’attaque du train par les Indiens. Tel quel, le premier grand film de John Ford demeure une belle réussite !

Erick Maurel



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