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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Henri-Georges Clouzot 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Dans la ville de Las Piedras, quelque part en Amérique du Sud, croupissent des hommes venus des quatre coins du monde, fuyant un passé criminel ou marqués par la faute. Quatre d'entre eux acceptent une mission suicide : convoyer sur les routes accidentées un chargement de nitroglycérine qui seul permettrait d'étouffer le feu qui s'est emparé d'un puits de pétrole. Deux Français, un Scandinave et un Italien (Yves Montand, Charles Vanel, Peter Van Eyck et Folco Lulli) mènent le convoi. Pendant le tournage de « Miquette et sa mère », Henri-Georges Clouzot rencontre Vera Amado Gibson et l'épouse. Elle lui parle de son pays, le Brésil, et le cinéaste s'y rend avec l'intention d'y réaliser un documentaire qui montrerait le vrai visage du pays, loin des cartes postales et de l'exotisme de pacotille. Mais ce projet, qui se révèle trop ambitieux, avorte. De cette aventure, Clouzot tire un roman halluciné, « Le Cheval des dieux », et la matière même de ce film, l'un des plus importants du cinéaste. Clouzot, s'il est un immense scénariste, ne s'épanouit vraiment que dans les questions de mise en scène. Il est passionné par la construction des films, par le découpage technique, le tournage et le montage. Avant « Le Salaire de la peur », cette passion pour la mise en scène travaillait de concert avec son goût pour la critique sociale et l'étude de mœurs. « Le Salaire de la peur » est pour lui l'occasion de se livrer à un pur exercice de style, allant jusqu'à réduire à portion congrue ces dialogues pour lesquels il était unanimement reconnu. Ici, les paroles ne sont plus qu'un bruit de fond, un marmonnement écrasé par la toute-puissance de la mise en scène. Clouzot privilégie - et c'est une constante de son œuvre à partir de « Quai des Orfèvres » - la succession de plans fixes aux mouvements de caméra, le découpage aux plans longs (même si on en décèle, et des magnifiques, dans son œuvre). Il n'a rien à envier en la matière aux maîtres américains auxquels son cinéma, et plus encore « Le Salaire de la peur », se raccroche. On pense ainsi souvent à Hitchcock, les deux hommes partageant une même approche de la mise en scène et de l'écriture cinématographique, que ce soit dans la prédominance du découpage, l'utilisation des acteurs, l'importance de l'intrigue ou le goût pour les expérimentations formelles. La puissance dégagée par la mise en scène permet à Clouzot d'installer son récit pendant près d'une heure (!) tout en donnant l'impression au spectateur d'avoir été emporté par un suspense haletant de la première à la dernière image. C'est que le cinéaste parvient à donner autant d'intensité aux rapports entre les personnages qu'à l'action proprement dite et, surtout, à rendre palpable chacun des lieux qu'il filme. La description de Las Piedras est à ce titre une plongée hallucinante dans l'enfer, mare boueuse où croupit la lie de l'humanité. Mais Clouzot ne filme pas ce lieu pour accabler ses personnages (il ne met pas leur passé en images par le biais de flash-back comme on aurait pu l'attendre, ne les montrant que par ce qu'ils font) et se garde de porter un jugement moral sur eux. Il décrit juste un purgatoire où des humains sont contraints de vivre comme des insectes, écrasés par la chaleur, l'humidité, baignant dans la crasse. Clouzot décrit toujours minutieusement les milieux dans lesquels évoluent ses personnages, ceux-ci expliquant, excusant leurs comportements les plus amoraux. Qu'il filme un cabaret, un commissariat, une cour de justice où une ville perdue d'Amérique, on retrouve toujours cette précision des détails qui, loin de l'exotisme ou d'un naturalisme tournant à vide, lui permet d'enrichir ses personnages. Il nous colle à eux et lorsqu'ils sont plongés dans le cœur de l'action (un suspense implacable maintenu pendant une heure et demie), on réagit en direct, de manière profonde et totale, à chacune des étapes de leur odyssée. Clouzot ne fonctionne pas par coups d'éclat, mais sur une tension continue qui court de la première à la dernière image. Une tension à la fois physique et morale, l'enjeu du film n'étant plus seulement celui de la question de la survie en terrain hostile, mais de la survie en tant qu'individu. C'est un film sur la lâcheté et la peur, l'humiliation et la dignité, auquel chaque spectateur ne peut que s'identifier. Récit fascinant construit sur l'échec, sur la folie d'une entreprise condamnée dès le départ, « Le Salaire de la peur » est un récit épique qui touche à quelque chose d'indéfinissable, quelque chose qui tient à la condition humaine. On est aux côtés de ces humains, prisonniers nous aussi de cette ville d'Amérique du Sud (le film est en fait tourné en Camargues et dans les gorges du Gardon), de cette aventure sans issue car c'est de la condition humaine dont Clouzot parle en filigrane. L'odyssée de ces hommes perdus, qui peuvent à chaque seconde être réduits en fumée, est marquée par un sens de l'absurde, un existentialisme qui pourrait presque expliquer après coup pourquoi des gens comme Camus et Sartre ont violemment défendu le cinéaste lors de ses déboires d'après-guerre. Le film impose Montand comme acteur (le public ne l'acceptait alors que comme chanteur malgré plusieurs tentatives) tandis que Vanel (prix d'interprétation à Cannes, le film recevant le Grand Prix du Jury) retrouve à soixante ans un nouveau souffle lui permettant de relancer sa carrière. Deux prestations magistrales qui rappellent que Clouzot est aussi l'un des plus grands directeurs d'acteurs que le cinéma français ait connu. « Le Salaire de la peur », film noir, violent, d'une tension rare, est l'un des sommets du cinéma français des années 50.

Olivier Bitoun



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