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Chantage

Affiche de Chantage

Blackmail

Réalisé par Alfred Hitchcock 

Policier - Grande Bretagne - 1929

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Alfred Hitchcock adapte pour son premier film parlant une pièce de théâtre de Charles Bennett (qui co-signe l’adaptation). Alice White (Anny Ondra) se dispute dans un café avec son fiancé, Frank Webber (John Longden), un inspecteur de Scotland Yard. Frank la guette à la sortie du café et la voit sortir avec un autre homme. Ce dernier, un artiste peintre (Cyril Ritchard), l’invite dans son appartement. Alice, pour se venger de Frank, accepte l’invitation. D’abord gentleman, il essaye bientôt d'abuser d'elle et la jeune fille, saisissant un couteau, le tue. C'est justement son fiancé qui est chargé de l'enquête et, lorsqu'il découvre la culpabilité d'Alice, il décide de cacher les preuves qui l'accable. Entre alors en scène un maître chanteur... Hitchcock tire de cette histoire de boulevard une œuvre audacieuse. Il joue sur l'érotisme d'Alice, qu'elle se déshabille ou se transforme en meurtrière, et en fait un personnage tout en duplicité, à la fois dangereuse et fragile. S'affranchissant de la lourdeur de l'appareil scénique, il offre quelques belles idées de mise en scène, comme un tableau représentant un clown hilare qui semble moquer les déboires des personnages en incarnant le crime commis ou des néons accusateurs qui percent la nuit et transforment une virée nocturne en scène cauchemardesque. Le final, une course poursuite sur les toits du British Museum, montre déjà le goût du cinéaste pour le moment d'anthologie. On retrouve également en substance les questions morales du cinéma d’Hitchcock – la faute et la culpabilité - toujours traitées de manière ambiguë et ironique par le maître. Les personnages passent ainsi du statut de victime à celui de bourreau (et inversement) et le happy end, imposé par la production mais accepté malicieusement par Hitchcock, finit par être troublant d’amoralité car voyant deux criminels absous par la justice ! L'autre point fort de ce film est historique, « Blackmail » étant vendu comme le premier film parlant britannique. Le film est d'abord tourné en muet avant d'être sonorisé. Hitchcock, lors du tournage, sent que les producteurs vont lui demander une œuvre parlante et il réalise son film avec l’idée de ménager des espaces pouvant recevoir du son. Plus : il construit déjà sa mise en scène avec l’idée d’une bande sonore qui, au moment du tournage, n’existe pas encore. Il y a ainsi dans le film des passages muets suivis de quelques scènes parlantes retournées pour l’occasion. Hitchcock s'en arrange en jouant sur les cloisonnements des espaces sonores, utilisant par exemple une porte ou un espace vitré pour expliquer l'absence de son. Surtout, il joue très subtilement sur la bande sonore comme dans ce passage où, de la logorrhée d’une voisine, on ne perçoit que le mot "breadknife" qui revient régulièrement alors qu’Alice, qui vient de commettre le meurtre, reste prostrée devant cet objet posé sur la table du petit-déjeuner. Hitchcock plie ainsi l'outil sonore à sa mise en scène, refusant de se laisser imposer de nouvelles lois qu'il ne maîtrise pas mais, au contraire, prenant l'ascendant sur ce bouleversement technique. Comme plus tard il réalisera de véritables séquences muettes dans ses films sonores, il ne se laisse ici à aucun moment débordé par la révolution sonore et continue ses expériences de pure mise en scène visuelle, utilisant le son comme un atout et non comme une contrainte à l'exemple de beaucoup de ses confrères. Et l’on se dit que, décidément, rien ne semblait pouvoir prendre au dépourvu ce cinéaste de génie.

Olivier Bitoun



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