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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Alain Cavalier 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Après « La Chamade », Alain Cavalier a le projet d’un film avec sa compagne Irène Tunc. Celui-ci doit être le début d’une nouvelle carrière, d’un nouvel élan, Cavalier décidant de couper radicalement avec le système du cinéma classique pour tourner un film enfin comme il l’entend. L’idée est de s’enfermer pendant cinq semaines dans leur appartement, avec un cadreur et un ingénieur du son, et qu’au bout de ce laps de temps, en descendant l’escalier, il y ait un film. Mais deux semaines avant qu’ils ne se lancent dans ce tournage, Irène meurt dans un accident de voiture. Ce film est un trou noir dans sa carrière de cinéaste et dans sa vie. « Irène » est un film blanc qui vient quarante ans plus tard combler ce manque, ce vide, cette nuit. Depuis sa brutale disparition en 1972, Alain Cavalier continue à vivre avec Irène. Il a fait la paix avec cette histoire, elle fait maintenant partie de son quotidien, de sa vie, et Irène est une présence qui l'accompagne constamment comme la petite Thérèse à qui il a consacré l'un de ses plus beaux films. Mais ces dernières années, Irène prend de plus en plus corps, sa présence est de plus en plus tangible. Cavalier saisit donc sa caméra et fait le point sur sa vie avec ce fantôme. Un moment, il pense la faire incarner par une actrice dans un film de fiction. Mais lorsqu’un corps mime Irène, celle-ci disparaît. Il la retrouve bien plus vivante et proche dans un objet, un élément du décor. Un édredon plié sur une couette défaite, c’est Irène. Et la façon dont Cavalier filme et parle de cet édredon fait que nous aussi nous la voyons. C'est ainsi que se construit le film, sur des images et des mots qui accompagnent. Pour raconter sa propre naissance, Cavalier plante un œuf dans une pastèque : une image osée mais d'une intense vérité lorsqu'elle est enrobée par la parole. Celle-ci navigue entre la poésie, le trivial, l'humour, l'amour et la haine. Des mots parfois très durs, très violents, mais qui sont comme apaisés, étouffés par la voix douce et chuchotée du cinéaste. Avec « Irène », Cavalier est au sommet de son art, parvenant enfin à filmer en parlant, manière de faire du cinéma qu’il recherche depuis qu’il a quitté la production classique pour arpenter de nouveaux territoires de cinéma, seul avec sa petite caméra vidéo. Filmer en parlant ce n’est pas rien, c’est parvenir à faire un pont entre soi et le monde, entre ce qui révèle de l’intime et du visible. Capter dans un même mouvement l’image du monde, sa musique et sa propre parole, c’est mettre la pensée en cinéma. « Irène », et plus largement les journaux filmés de Cavalier, ne sont pas de simples confessions, des récits autobiographiques : ce sont des passerelles tendues entre le cinéaste et le monde, où le spectateur a pleinement sa place. En refusant de montrer pendant toute une partie du film le visage d'Irène, Cavalier interdit au film d'être un tête à tête entre lui et son aimée, sa disparue. Il laisse de la place au spectateur, l'invite dans le film, dans leur histoire. « Irène » c'est la (re)naissance d'une personne à partir du cahier-journal tenu par Cavalier au moment du drame. Le « Je » de ces (magnifiques) écrits donne naissance à un tiers. Les deux présences se fondent, l'une n'allant pas sans l'autre. C'est Irène qui a nourri l'écrit, c'est l'écrit qui la rappelle. Ce mouvement de balancier, cette fusion, s'opère par la magie du cinéma, par les images, les sons, la parole. Avec ce film, Alain Cavalier a enfin atteint son horizon de cinéaste : construire tout un film sur l'autre depuis le « Je », percer le mystère d'un être et nous le transmettre. « Irène » est un film bouleversant, drôle, tragique et poétique. Mais c'est surtout un geste de cinéma magistral.

Olivier Bitoun



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