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René

Affiche de René

René

Réalisé par Alain Cavalier 

Inclassable - France - 2002

Aucune diffusion prévue à ce jour.
René pèse 155 kilos, la balance agricole en atteste. Son objectif : atteindre « un tout petit cent » à la fin de l'été pour reconquérir sa compagne qui vient de le quitter. Sa table est devenue triste, ses opulents plateaux de fromage deviennent de maigres assiettées, son verre de vin généreusement rempli est vidé dans l'évier. René est plein de bonne volonté et son parcours est un vaillant combat contre lui-même. « René » est le troisième film que Cavalier tourne seul, mais cette fois c'est une expérience de fiction et il ressort du tournage épuisé. On voit d'ailleurs dans « Le Filmeur » le médecin de Cavalier, que le cinéaste consulte à propos du sujet de ce film, lui recommander de ne pas toucher à cette histoire. Il ne filme pas plus de trois heures par jours, il doute beaucoup et se sent très seul. Mais ce film est important pour lui car c'est un cadeau qu'il souhaite faire à Joël Lefrançois (qui faisait une apparition en jeune docteur dans « Thérèse »), une fiction qui doit l'aider dans sa cure d'amaigrissement. Avec « 24 portraits », « Vies » et « René » Alain Cavalier, toujours dans un geste de cinéma solitaire, met son art du « Je » au service de l'autre. Avec « Les Braves », une série de trois portrait réalisés en 2009, il s'effacera complètement, se contentant de poser sa caméra et d'enregistrer la parole, souhaitant simplement servir de relais à ces histoires. Lorsqu'au début du film René lit la lettre d'Anne, qui lui annonce qu'elle le quitte, Cavalier approche sa caméra au plus près de son visage, sans aller dans le regard subjectif. Cette façon d'approcher est très symptomatique de son désir de ne plus être dans la position du « Il » du cinéma traditionnel, mais de s'approcher du « Je » sans pour autant être dans la forme du journal intime. Dans « René », tout tient à la place de la caméra, à sa proximité avec le personnage René et l'acteur Joël Lefrançois, Cavalier étant dans une démarche très proche de celle qu'il avait sur « Thérèse ». Lorsque Cavalier filme le corps imposant de Lefrançois au début du film, il le fait avec générosité, sans jugement. On sent cet amour qu’à Cavalier des corps et ici cette chair généreuse déborde de toute part, déborde d'amour. René est aussi bien dans ce corps qu’il s’en sent prisonnier. Il aime cette chair abondante, ces bourrelets, mais cette même opulence l’étouffe. C’est ce double mouvement qui travaille le film. Cavalier montre un corps façonné par un trop plein de plaisir : René exhale la bonne nourriture, les alcools, la sensualité et la vie. Un corps parfait si l’on ne s’attachait qu’à porter sur soi les marques d’une vie pleine et heureuse. Mais un corps devenu encombrant, lourd, dangereux, un corps qui a passé un cap et va maintenant contre le plaisir et la vie. René part donc en quête d’un nouveau corps, mais aussi d’un nouvel équilibre dans sa vie et, corrigeant son corps, il veut corriger ses rapports à ses amis, son collègue de travail, sa famille. Le prénom de René est déjà un signe : il veut renaître. L’un des plaisirs du film est que l’on ne sait jamais trop où il se situe, ce qui révèle de la fiction ou du réel. La séparation entre vrai et faux, fiction et documentaire n'est pas importante pour Cavalier : c’est ce qui résonne en lui lorsqu’il enregistre qui compte et qui fait un film. On voit ainsi René animer des spectacles pour enfants et l'on sait que c'est le métier de Joël Lefrançois. De toute manière, ce corps c'est le sien et c'est bien lui qui maigrit tout au long du film. S'il y a un personnage, il y a avant tout une personne. La relation complexe entre deux régimes d'images habituellement scindés dit aussi la complexité de René/Joël. Car derrière sa joie et ses rires, sa façon de poursuivre dans sa vie ce rôle de clown qu'il tient devant les enfants, on sent un continent à explorer. En faisant ce film, Cavalier essaye de découvrir le mystère de cet homme. En lui inventant une fiction, un double porteur de son regard, il lui offre un film qui pourrait l’aider à se comprendre et à avancer dans la vie. C’est en trouvant chez les autres des choses qui le passionnent, qui l’éblouissent, qu'Alain Cavalier trouve de quoi vivre. Et ce qu’il trouve, il a envie de le transmettre. Malgré la qualité du regard et l'interprétation éblouissante de Joël Lefrançois, il faut avouer que l'on s'ennuie quelque peu, surtout dans une deuxième moitié qui a tendance à se déliter. Cette deuxième partie fait certes écho à la sensation qu'à René de se dissoudre, de perdre son corps, mais le montage abrupt finit par amenuiser notre sentiment d'immersion et notre proximité avec les personnages. « René » est un film un peu malhabile, un peu brouillon, mais c'est aussi son charme.

Olivier Bitoun



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