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Vies

Affiche de Vies

Vies

Réalisé par Alain Cavalier 

Documentaire - France - 2000

Aucune diffusion prévue à ce jour.
C'est en voyant les images de Jean-François Robin pour « Ce répondeur ne prend pas de messages » qu'Alain Cavalier se convainc qu'il peut prendre lui-même la caméra, et à partir de « La Rencontre » c'est en solitaire qu'il réalise dorénavant ses films. L'apparition des petites caméras numériques est une libération pour cet auteur qui attendait un tel outil depuis ses débuts de cinéaste. Il a dû patienter que la technique advienne pour qu'enfin il puisse concrétiser son véritable désir de cinéma : « De nos jours, on naît une caméra à la main. Mon seul regret, il est là : j'ai commencé trop tard pour être un bon instrumentiste. » La caméra n'est plus un « buffet Henry II manipulé par deux techniciens », la taille des mini DV lui permet de travailler comme un peintre ou un écrivain. Cavalier ne veut plus qu'un seul de ses plans ne soit conditionné par des questions d'argent. Il appelle l'indépendance de tous ses vœux. Il tourne sans équipe, ne fait plus cette « mise en scène de la mise en scène » qui est le quotidien d'un tournage classique. Libre, débarrassé de son rôle de « chef de chantier », il peut filmer dans l'instant, lutter contre ces images qui sont toujours les mêmes. Il poursuit avec « Vies » le travail entamé avec les « 24 portraits » réalisés entre 1986 et 1990. Le film se découpe en quatre parties. Dans les trois premières, il se concentre sur trois personnes, trois amis, trois métiers : Yves, le chirurgien de l’œil qui pratique ses dernières opérations avant la retraite, Michel le boucher (qui jouait dans « Libera Me ») et Jean-Louis le sculpteur. Il filme de manière fascinante le travail (du moins pour les deux premiers, Jean-Louis parlant de son travail résistant à se mettre à l’ouvrage), la précision des gestes, prend plaisir à filmer de l’organique, que ce soit des pièces de boucher ou la matière d’un œil. La quatrième partie se déroule dans une maison où a séjourné et travaillé Orson Welles. Françoise Widhoff, la compagne de Cavalier (mais aussi sa productrice et monteuse) raconte son expérience (sur « Vérités et mensonges ») avec cet autre cinéaste. On découvre un Orson Welles qui se perd dans ses histoires, ses mensonges, autant de vies rêvées qui visiblement fascinent Cavalier. Ce dernier a du mal avec l’imaginaire, il dit ne réussir à filmer que des choses qui existent ou ont existé. S'imaginer Welles affabuler à foison est une sorte de fantasme créateur pour ce cinéaste fasciné par le quotidien. Welles est à ce moment-là dans le doute, attend plus qu’il ne crée. Une situation bien connue de Cavalier qui n’a cessé de remettre en cause son travail, de questionner chacun de ses ouvrages, et qui a été lui aussi par deux fois plongé dans l’incapacité créatrice pendant de longues années avant de trouver la force de rebondir ou le déclencheur d’une nouvelle envie de cinéma. Cavalier se retrouve aussi dans le parcours de Welles, qui a quitté au fur et à mesure sa stature de jeune prodige hyper célébré pour devenir un cinéaste errant. Mais Cavalier a sciemment choisi ce chemin alors que Welles a été abandonné et en a été profondément meurtri - Françoise Widhoff dresse un portrait très dur de l'homme, Welles paraissant aigri, dur et manipulateur. Cette trajectoire brisée permet à Cavalier de se rassurer d’avoir choisi de son propre fait ce chemin de cinéaste solitaire. En terminant « Vies » sur Welles, en le liant aux trois autres portraits, Cavalier exprime bien cette idée que, pour lui, filmer est un travail qui s’apparente à celui de l’ouvrier, du manuel. Or, ici, Orson Welles ne filme plus et Cavalier capte les traces de ce désastre dans la demeure délabrée autrefois habitée par ce génie. Ce denier portrait est terrible car ce que nous donne à ressentir Cavalier c'est cet empêchement de filmer, cet empêchement du travail qui condamne un homme. Cavalier, lui, filme tous les jours, comme le boucher taille ses pièces de viande, comme le sculpteur qui peut chaque jour travailler son art car il n’est pas soumis à cette loi de l’argent qui accable le cinéma. S’il ne manie pas l’organique, la substance des images est aux yeux de Cavalier aussi réelle qu’une matière que l’on sculpte, qu’une viande que l'on découpe, qu’un œil que l'on soigne. Il travaille le réel comme le boulange pétrit sa pâte. On retrouve ainsi dans « Vies » l’essence du cinéma de Cavalier : l’œil, la main (les deux liés dans les opérations d'Yves), la matière (la pierre, la chair) et la création. Cette dernière est pour Cavalier ce qui lui permet de vivre. Filmer c'est arracher des choses au temps, ne plus le faire c'est disparaître. Cavalier est ici au plus proche de sa volonté de filmer des personnes, et chacune d'elle est approchée de telle manière que chaque portrait contient d’autres histoires, d’autres trajectoires. Alain Cavalier cherche à capter chez chaque personne un peu de son mystère mais aussi ce qui résonne, ce qui se partage avec les autres. Finalement, « Vies » ne contient pas quatre portraits mais une multitude où le spectateur a forcément sa place.

Olivier Bitoun



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