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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Alain Cavalier 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Grâce à l'énergie dispensée par les quatre acteurs du « Plein de super », Alain Cavalier a pendant cinq ans retrouvé goût au cinéma, enchaînant cinq films. Mais, après « Un étrange voyage », il se retrouve de nouveau vide, ayant besoin d'un nouvel élan, d'aller ailleurs, cherchant un déclencheur. Ce dernier sera l'histoire de la carmélite sœur Thérèse de l'enfant Jésus, devenue Sainte Thérèse de Lisieux. L'idéalisme et cette forme de candeur du cinéma de Cavalier tient certainement de son éducation religieuse, le cinéaste ayant été élevé dans un pensionnat catholique. En grandissant, l'idéalisme s'est transformé en matérialisme et, devenu cinéaste (« instrumentiste » dit-il parfois), il cherche dans le concret ce qui peut révéler de cet idéal. Si Cavalier n’est pas un cinéaste religieux (il est d’évidence agnostique, et la sainteté de Thérèse ne l’intéresse visiblement pas), il reste marqué par cet enseignement et c’est comme s’il continuait, peut-être malgré lui, à chercher partout des traces de Dieu. Moins Dieu d'ailleurs que la simple beauté, des traces d’amour. La figure de Sainte Thérèse de Lisieux le poursuit depuis longtemps (il a approché Isabelle Adjani au début des années 70) et le film (dont il écrit de nouveau le scénario avec sa fille Camille de Casabianca) s'impose à ce moment à lui. Pendant les tests de « Thérèse », Cavalier filme Catherine Mouchet avec sa caméra vidéo. Il ressent pour la première fois cette sensation que l'image colle à sa rétine, il sent l'intensité électrique entre lui et l'actrice. C'est ce point qui va marquer le basculement de son art. Pour la première fois, il trouve vraiment ce qu'il attend du cinéma et il pourrait faire une heure trente de film rien qu'avec ce visage. Ce visage de femme qui lui rappelle l'émotion de son premier souvenir d'enfant, de sa première rencontre avec le cinéma. Cavalier trouve qu'un visage est plus éclatant lorsqu'il est en partie caché. C'est ce qui l'amènera à filmer Françoise par fragments dans « La Rencontre » et à travailler ici sur les voiles des carmélites. Il y a aussi la beauté des mains. Catherine Mouchet n'aime pas les siennes, elle les cache au début mais Cavalier la rassure et les filme. Il filmera beaucoup de mains, celles des femmes de « 24 portraits » notamment. Ces petits films sur le travail trouvent en retour leur origine dans « Thérèse » où Cavalier filme les sœurs qui écossent, cousent, font bouillir le linge, vident des poissons. Pour mettre en valeur ces visages, ces mains et ces gestes, le cinéaste fuit la saturation du cadre et tend vers l'épure. Il utilise un fond uni (un cyclo fabriqué depuis un agrandissement de Manet), des lumières claires, très simples. Il compose ses images comme des tableaux, mettant en avant la couleur de la chair, le drapé des tissus, les textures des objets. Depuis longtemps, Cavalier va vers l’idée de filmer des personnes et non plus des personnages. Depuis cinq films, il écrit ses scénarios avec ses acteurs. Ici, il filme un personnage, une figure historique même. Mais le film naît de sa rencontre avec Catherine Mouchet. C’est en la voyant jouer sur scène que le désir de « Thérèse » se concrétise. Il travaille pendant deux ans sur le film sans même lui dire qu’il a ce projet. Il cherche aussi bien le mystère de Thérèse que celui de Catherine Mouchet. Il filme un personnage mais il filme aussi une personne, son actrice. Cavalier n’esquive pas la question de la religion, prêt à assumer les polémiques (sa description du Carmel a fait grincer plus d’une dent), il fait sien les doutes de Thérèse, son amour pour le Christ, mais évite cependant toujours la bondieuserie. Il ne cherche pas à figurer la foi ou le sacré, il cherche à les faire émaner de ses cadres et de sa mise en scène, à les faire surgir des éléments matériels de la vie et non de la spiritualité. Il trouve sa voie, personnelle, entre le sacré et le profane. Il y a des instants de transgression dans ce film : la sœur qui avale les crachats ensanglantés de Thérèse, Thérèse qui écrase son amant (le Christ) contre le sol. Il y a des passages comiques aussi, comme la sœur alitée près de Thérèse qui lui dit : « Rassurez-vous, au Carmel le plus dur sont les trente premières années. » Cavalier ne parle pas de la foi, mais de l’amour, de la passion. Et chacune des images qu’il nous offre, sont empruntes de cet amour. Les objets, les visages, les gestes… tout surgit du film avec une intensité rare. La vision d'un simple objet (une bassine, une paire de sandales, un bouquet de fleurs), d'un animal (un homard, trois sardines dans un mouchoir…) nous hantent longtemps après la projection. Les paroles échangées entre les sœurs sont d’une simplicité, d’une familiarité, d’une vérité désarmantes et elles aussi résonnent profondément en nous. Les acteurs parlent vite et jamais ils ne mettent sur un plan différent les questions du quotidien ou celles relevant de la mystique. Tout est placé sur un même niveau. Dans ce monde souvent silencieux, les gestes, filmés avec une attention constante, sont détenteurs de mille paroles. En évacuant du plateau tout ce qui pourrait être parasite, à la fois pour les comédiens et pour le spectateur dont il souhaite capter toute l’attention, Cavalier, dans un geste anti-naturaliste au possible, trouve paradoxalement une forme de cinéma profondément ancrée dans le concret, dans la réalité des choses. Le film multiplie par exemple les fondus au noir, or ceux-ci sont conçus sur le plateau, les lumières s’éteignant et plongeant les acteurs dans le noir, ou les faisant débuter une scène depuis l’obscurité. Toute cette démarche vise à saisir l’instant, sa vérité, la caméra participant à la propre émotion du cinéaste alors qu’il filme. Si Cavalier se sent trop dans l’intimité, ou si Thérèse l’agace, il éteint les lumières. Thérèse écrit un journal à la demande de sa mère supérieur - il sera publié à sa mort et traduit dans plusieurs langues. Ce journal relie Thérèse au propre quotidien de Cavalier qui consigne tout par écrit (il passera bientôt au journal vidéo). « C’est facile, dit-elle, il suffit de lancer la ligne » : c'est la façon dont vit Alain Cavalier, s'enthousiasmant constamment à la vue de choses que nous ne voyons plus. C'est une façon de domestiquer la mort et Thérèse semble lui avoir montré la voie. Elle lui a transmit cette vitalité, cet enthousiasme, cette capacité à voir en toute chose de la beauté et du bonheur. Nous ne verrons pas la mort de Thérèse, juste une plume rangée dans son fourreau. Malgré le fait que le film ne ressemble à aucun autre, ne s'attache en rien au cinéma classique, il est couronné à Cannes (Prix du Jury) et aux Césars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photographie, meilleur montage, meilleur espoir féminin) et rencontre un immense succès public. Ce n'est que justice pour ce film magistral, à priori intimidant mais dont la générosité et l'humilité ne peuvent qu'emporter l'adhésion.

Olivier Bitoun



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