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Careful

Affiche de Careful

Careful

Réalisé par Guy Maddin 

Inclassable - Canada - 1992

Aucune diffusion prévue à ce jour.
La ville de Tolzbad, nichée dans les hautes montagnes, vit dans la peur d'une avalanche. C'est pourquoi elle a dû se transformer en un monde sans bruit. Mais, sous le silence et les gestes mesurés, les pulsions flambent et les drames embrasent les vies de ces habitants isolés du monde. « Careful » est le premier des films de Guy Maddin a avoir été distribué en France. De fait, le film est plus simple, accessible que ses premières réalisations. Il est aussi plus drôle, plus grinçant, même si l'humour loufoque et dérangeant de Guy Maddin était déjà bien présent dans ses deux premiers films. Il faut voir l'héroïne, Klara, raconter en baillant comment son père la violait pour mesurer la gêne que peut ressentir le spectateur face à ce comique si singulier. Les pulsions les plus extrêmes (l'inceste est largement évoqué) sont ici des sujets de plaisanterie : ceux qui s'y adonnent sont accablés par la culpabilité, tandis que ceux qui s'y refusent vivent dans la souffrance. Problème insoluble des personnages, qui donne l'occasion à Maddin de s'amuser avec des théories psychanalytiques qu'il manie avec ironie et se plaît à détourner. Le film se glisse dans le genre allemand du "film de montagne", dont Reni Riefenstahl demeure la représentante la plus connue. Le "film de montagne" est un genre qui repose à la fois sur le symbolisme et sur les allusions aux tragédies antiques et aux mythes grecs. Soit des éléments constitutifs des films de Guy Maddin, et qui font de « Careful » une œuvre emblématique de son cinéma. Mais le cinéaste prend bien sûr le contrepied de ce cinéma emphatique et rigide en inventant une figure matriarcale effrayante, terrible professeur d'une école de majordomes qui créé des escouades d'êtres frustrés. Les puritains du film sont tous des créatures torturées et malades qui assouvissent leurs pulsions les plus morbides dans le secret de la ville. La belle idée de Maddin est de donner une explication, qu'il inscrit dans le récit, à son choix de tourner un film dans la tradition du cinéma muet. Si le film est muet, c'est que le bruit risque à tout moment de créer une avalanche qui emporterait la ville et ses habitants. Les personnages se taisent donc et vont même jusqu'à arracher les cordes vocales de leurs animaux. Leurs visages sont aussi expressifs que les acteurs du muet car cils sont devenus au fil du temps leur manière de communiquer. C'est aussi une belle parabole sur le cinéma selon Maddin, le parlant entraînant la fin d'un art qui, avec son irruption, se met à se penser réaliste. Le film est plus outrancier, voire kitsch, que les deux précédents longs métrages de Guy Maddin. Il est surtout plus grossier dans sa manière de renouer avec la forme primitive du cinéma : intertitres, filtres colorés, silence des personnages... Maddin accumule les références au cinéma muet, déjà présentes dans ses précédents films mais qui étaient alors maniées avec bien plus d'originalité et de légèreté. Si en jouant avec la mémoire du spectateur et ses plaisirs cinéphiles (l'expressionnisme allemand, le gothique), Maddin offre des repères plus faciles auxquels il peut raccrocher, le film perd une grande partie de la force poétique brute de « Tales from the Gimli Hospital » et « Archangel ».

Olivier Bitoun



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