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The Savage Eye

Affiche de The Savage Eye

The Savage Eye

Réalisé par Joseph Strick 

Inclassable - États-Unis - 1960

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Judith McGuire (Barbara Baxley) débarque à l’aéroport de Los Angeles. Elle vient de divorcer et espère refaire sa vie dans la cité des anges. Une voix l’accoste, c'est le narrateur, le film. Un dialogue s’instaure entre cette âme troublée et celui qui se présente comme « le poète ». Ensemble, ils traversent la ville, en s’enfonçant toujours plus loin dans les sept cercles de l’enfer. « The Savage Eye » est un film oublié, une perle méconnue du cinéma américain, une œuvre tournée en toute indépendance et qui annonce par certains de ses aspects ce Nouvel Hollywood qui mettra encore huit ans à apparaître. Un projet hors norme que ce soit par l'histoire de sa conception ou sa forme d'une incroyable liberté. Dans les années 50, la forteresse Hollywood commence à sentir ses fondations trembler. La place du cinéma dans la culture populaire est menacée par l’influence grandissante de la télévision, mais les studios restent accrochés à un système de production et à des choix artistiques qui vont les conduire au point mort, et ce dès 1960. Sentant qu’une ère est sur le point de s’achever, certains expérimentent, s’affranchissent des règles classiques et réalisent des œuvres libres, audacieuses, folles, et ce en dehors du système des studios. « The Savage Eye » fait partie de ces films. Son tournage débute en 1956, comme pour prendre la relève directe du « Petit fugitif », autre œuvre collective et indépendante, et s'achève en 1960, Cassavetes prenant alors à son tour le relais avec « Shadows ». Par sa narration éclatée et la forme hybride de sa mise en scène, « The Savage Eye » s’impose donc comme une œuvre hors norme. Mais ses partis pris expérimentaux ne sont pas une coquetterie, plutôt une manière pertinente et d'audacieuse d’imbriquer trois récits d’éclatement : celui de la société américaine, du cinéma classique hollywoodien et du personnage de Judith. « The Savage Eye » est une coupe transversale de la société américaine. C’est aussi un magnifique portrait de la place des femmes dans la société, et plus largement le constat de ce que les conservatrices et puritaines années 50 ont pu causer comme dommages profonds au sein du peuple américain. Judith, qui se fait appeler Mme X (prononcez Mme Ex), est le produit des névroses de l’Amérique et sa vie en perte de repères, cet équilibre précaire qui la maintient sur le fil de la folie, détermine la forme éclatée du film. « The Savage Eye » rend aussi compte de cette Amérique qui a basculé dans l’ère du doute, de la paranoïa et de la peur. La société est pulvérisée, le grand rêve d'unité vole en éclats. Le film fait état de cette sensation d’implosion par la fragmentation de sa mise en scène, par la déstructuration narrative, une construction qui répond aussi à cette sensation qu'a Judith de voir sa vie déchirée en mille morceaux. Judith, L.A., les Etats-Unis, le film… tout est morcelé, éclaté. Sons et images sont presque toujours désynchronisés : plus rien ne raccorde, plus rien ne fait sens. Tout dans ce film surprend, étonne : la forme hybride entre documentaire et fiction, le choc entre la poésie hallucinée de la voix off et la trivialité des images, les fulgurances expérimentales, le dialogue inédit entre le film et son personnage, l'osmose parfaite entre le discours et la forme, la violence avec laquelle il dépeint la société Américaine… On pourrait pour ce film utiliser ces qualificatifs par ailleurs tellement abusivement utilisés : film culte, OFNI, film météore... mais il en est un qui tout simplement lui suffit : chef-d'oeuvre.

Olivier Bitoun

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Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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