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Capitaine Achab

Affiche de Capitaine Achab

Capitaine Achab

Réalisé par Philippe Ramos 

Inclassable - France - 2007

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Philippe Ramos traîne son « Capitaine Achab » depuis longtemps et ce long métrage est la prolongation d’un court qu’il a réalisé en 2003. Son film n’est pas une adaptation du roman de Melville, mais une retranscription de ce que « Moby Dick » a éveillé en lui. Il met en scène son Achab, personnage qui a marqué son imaginaire et qui a toujours continué de croître en lui, qu'il a nourri de ses propres fantasmes, pulsions et expériences. Pour cela, Ramos invente une prequel au roman : le film se construit sur cinq récits, cinq voix off, cinq témoignages de personnages qui ont connu Achab à différents moments de sa vie. Un portrait pointilliste de cet homme insaisissable qui permet à Ramos d'offrir en retour au spectateur ce que Melville lui a offert : la possibilité d’inventer son Achab, de remplir les trous de son existence avec un peu de sa propre vie. Ce portrait en creux d’Achab, tout comme le faisait Melville, laisse énormément de place à l’imagination. Lorsque les cinq narrateurs évoquent leur rencontre avec Achab, ils mettent beaucoup d'eux dans ce portrait et le spectateur participe à son tour à cette création pointilliste du personnage. Achab est placé au cœur d'un faisceau où se rejoignent les mondes de Ramos, des personnages, de Melville et de nous spectateurs. C'est un film qui nous laisse une incroyable liberté, liberté qui naît paradoxalement d'une grande précision dans la construction et la mise en scène. Les cinq segments s’enrichissent mutuellement, se répondent, font écho, et tous les éléments à priori disparates du film se retrouvent in fine dans la figure d’albâtre de Moby Dick. On s’amuse ainsi à reconstruire ce qui a bien pu créer cette fixation d'Achab pour la baleine blanche et chaque partie nous donne une clé, un indice. Achab met dans Moby Dick toute sa vie, son histoire, ses drames : son père chasseur et son obsession maladive pour une femme à la peau blafarde ; son besoin d'évasion et son dégoût pour l’autorité, la bourgeoisie et les dogmes ; son rejet de la religion et son irrépressible envie de défier Dieu ; sa honte de faire souffrir ces femmes qui vivent dans la peur de voir leurs marins d’hommes emportés par la mer... Moby Dick, dans les quelques instants où elle apparaît, incarne tout cela et l’on comprend alors qu'Achab ne peut que dédier sa vie à la traquer. Il pourchasse sa propre existence qui n'a cessé de glisser entre ses doigts. Il combat ses démons pour essayer de se trouver enfin. Il veut cesser de se fuir. Lorsque la baleine l’emporte, c'est une victoire : Achab revient à la forêt de son enfance, au sein maternel. La mer, monde des mirages et des fantasmes, n’est plus. Reste le réel, ce qui n'est plus du domaine du rêve mais de celui des sens : la senteur de la terre, le bruissement du vent dans les feuilles. « Capitaine Achab » est un film d’une inventivité extraordinaire. Des choix musicaux déroutants (Fauré est suivi de Mazzy Star) à l'irruption d'images d’archives inattendues, en passant par ces fermetures à l’iris qui sont autant d'ellipses saisissantes, le film ne cesse de nous surprendre par son audace. Tout concourt à nous immerger dans une ambiance étrange, une ambiance de songe. Visuellement, c'est une merveille. Les cadres rappellent la pureté des premiers photogrammes, les textures et les couleurs ont la délicatesse de gravures sur bois, les images sont nimbées d’ombres et de lumières feutrées. Ramos joue sur les sensations et l'on a vraiment l'impression de sentir et de toucher l'image. C'est ainsi que, discrètement, le film éveille en nous des souvenirs enfouis. Ramos joue constamment sur les détails et ce sont ceux-ci qui construisent le film. Ils créent un dialogue entre les histoires et surtout tissent des liens profonds entre le film et des images, des sensations de notre enfance. C'est là toute la cohérence du projet de Ramos, le destin d'Achab étant au final mené par un irrépressible besoin de revenir au temps précieux de l'enfance. Une œuvre fascinante.

Olivier Bitoun


Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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