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Hellboy II : les légions d'or maudites

Affiche de Hellboy II : les légions d'or maudites

Hellboy II: The Golden Army

Réalisé par Guillermo Del Toro 

Super-héros - États-Unis - 2008

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Après un premier volet passionnant, on attendait forcément beaucoup de ce « Hellboy II ». La partie la plus délicate dans la création d’une franchise étant passée (la mise en place et la présentation d’un univers), Del Toro pouvait enfin, comme dans tout second épisode qui se respecte, se concentrer sur ses personnages et peaufiner son univers. Seulement le cinéaste, preuve de sa maestria narrative et de sa sensibilité, était déjà parvenu dans le premier volet à faire exister les dits personnages, à nous intéresser à eux, à nous émouvoir. Il peine ainsi à retrouver un nouveau souffle avec ces « légions d’or maudites » et rien de vraiment nouveau ne vient enrichir les personnalités de Hellboy et Liz Sherman. Certes on en apprend plus sur le mystérieux Abe Sapien et un nouveau venu dans le BPRD fait son apparition (l’ectoplasmique Johan Krauss), certes on cerne mieux les motivations du Bureau et la destinée de Hellboy commence à se dessiner, mais l’on ne peut s’empêcher de rester sur sa faim. Guillermo Del Toro avait mis tellement de choses en place dans le premier film qu’il ne parvient pas ici à vraiment se renouveler et c’est souvent une impression de surplace qui l’emporte. Cela étant, le film n’en est pas moins une réussite en terme d’action et de production design. Le bestiaire fantastique développé par Del Toro se situe dans la droite lignée de celui du « Labyrinthe de Pan » tout en s’intégrant parfaitement à l’univers graphique de Mike Mignola. « Hellboy II » se situe à la croisée de deux univers personnels qui se complètent et s’enrichissent mutuellement. Les thématiques du cinéaste s’épanouissent, Del Toro poursuivant la question du repli dans l’imaginaire abordée dans « L’Echine du Diable » et « Le Labyrinthe de Pan », ou encore cette vision du temps à la fois corrupteur et source de régénération, idée déjà présente dans « Cronos » son premier film. Toute la filmographie de Del Toro semble même converger vers ce point névralgique qu’est l’adaptation de l’œuvre de Mignola. Le dessinateur situe lui-même sa saga Hellboy à la croisée de nombreux chemins : Edgar Allan Poe, Lovecraft, alchimie, kabbale, animisme, mythes grecs, visions d’apocalypse chrétienne, fééries celtiques se mêlent constamment dans cette saga devenue majeure dans le paysage du comics. Guillermo Del Toro lui emboîte le pas, mêlant à ce maelström d’influences son propre imaginaire tout en parvenant à garder le fil et à rendre cette œuvre dédiée à l’onirisme, aux contes et aux mythes de tous horizons constamment cohérente et fluide. Les visions magiques s’enchaînent et le cinéaste nous emporte dans un voyage aussi merveilleux qu’inquiétant, nous immerge dans un univers fantastique où la démesure est érigée en règle d’or. Ce foisonnement donne constamment l’impression que nous n’entrevoyons encore qu’une infime parcelle d’un univers qui ne demande qu’à être développé encore et encore. D’où certainement aussi ce sentiment de frustration qui gâche quelque peu le plaisir : on en veut toujours plus mais Del Toro donne l’impression de ne faire qu’entrebâiller la porte. Il faut donc faire fi de nos attentes démesurées et attendre tranquillement les épisodes suivants pour goûter pleinement ce blockbuster hors norme, à la croisée des mythes et de la culture populaire, mêlant romance et action, comédie et drame, scènes dantesques et moments intimes avec cette sensibilité et cette force d’évocation propre au cinéaste mexicain.

Olivier Bitoun


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