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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par Laurent Cantet 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
François, un jeune professeur de français dynamique, effectue sa rentrée scolaire au sein d'un collège urbain "typique", à savoir assez représentatif du mélange socioculturel de la France, un mélange qui apporte à la fois son lot de richesses et de problématiques liées au "vivre ensemble". "Entre les murs" suit plus précisément une classe de quatrième, un niveau singulièrement difficile où les adolescents sont particulièrement vifs, malins et désobéissants. François, enseignant volontaire, inventif, mais également très soucieux, entame ainsi une année difficile. Le professeur table principalement sur son talent d'orateur à la répartie facile et savoureuse pour inciter les élèves à travailler dans une sorte de liberté créatrice plus ou moins contrôlée. Mais pris à son propre jeu, il assiste presque impuissant aux récriminations grandissantes et à l'indiscipline d'un groupe d'élèves qui, profitant de cette latitude inespérée, expriment plus ou moins volontairement ce malaise profond de la société française lié à la désintégration sociale, un malaise qui rejaillit d'ailleurs sur la rôle dévolu à l'institution scolaire pour y répondre. Laurent Cantet, réalisateur justement célébré de "Ressources humaines" et de "L'Emploi du temps", retourne à l'école et y enracine avec la force de conviction qu'on lui connaît ses réflexions sur le destin collectif, l'identité sociale, le dérèglement sociétal et la place assignée à chaque citoyen dans le fonctionnement de la société. Tout commence à l'école, et il était donc logique que Cantet choisisse cette institution comme nouveau terrain d'expérimentation. Le cinéaste adapte un livre instructif et parfois controversé de l'ex-enseignant François Bégaudeau et offre même à ce dernier le rôle principal. Ainsi la frontière entre fiction et réalité n'en finit pas de s'estomper alors qu'on voit un homme jouer son propre rôle dans un film qui raconte peu ou prou son expérience. Mais si on a parlé, un peu à tort de "docu-réalité" pour "Entre les murs", c'est que Laurent Cantet n'entend pas réaliser un reportage mais plutôt apporter un regard de cinéaste sur une problématique précise, pétrie de contradictions (dont les enseignants ne sont pas les derniers pourvoyeurs), qui reflète les interrogations existentielles d'une société en état de choc car incapable d'entrevoir son avenir et donc de l'organiser. Le microcosme scolaire que filme Cantet (après le monde du travail dans ses œuvres précédentes) est une représentation fidèle, même si fatalement déformée, de cette société fébrile, inquiète et agitée dont il veut prendre le pouls. Et le cinéaste d'organiser alors une sorte de lutte permanente entre deux blocs (le prof, isolé d'ailleurs de sa hiérarchie et de la grande majorité de ses collègues, et ses élèves). La mise en scène de Laurent Cantet, toujours en mouvement (le film est tourné majoritairement avec une caméra portée constamment sur le qui-vive), toujours au cœur de l'action, définit deux espaces qui se confrontent sans rarement communiquer. Quand ils communiquent, c'est l'accident assuré. Champs/contre-champs explosifs, panoramiques heurtés, déplacements strictement délimités en vase clos, "Entre les murs" est un véritable précipité d'énergie, une spectacle chorégraphique savamment ordonné qui, à partir de stéréotypes définis (les élèves et les caractéristiques qu'on leur connaît ou qu'on leur assigne arbitrairement), montre des personnalités qui se révèlent à travers des joutes verbales d'une violence parfois saugrenue. Et c'est là que l'on s'aperçoit que "Entre les murs" est également un fabuleux film sur le langage. Le langage comme attribut identitaire, le langage comme dernière arme d'une stratégie d'affirmation et de contrôle sur sa place dans la salle de classe et par extension au sein de la société. En 2004, "L'Esquive" d'Abdellatif Kechiche s'affirmait déjà comme une œuvre sur le langage mais avec un point de vue différent, plus extérieur à l'école et centré sur cette jeunesse des cités et ses codes qui se confrontent à la langue de Marivaux. Laurent Cantet, avec l'aide de jeunes apprentis comédiens impressionnants de réalisme et de ferveur, organise, lui, une sorte de "battle en salle de classe". Et c'est parce que c'est l'enseignant lui-même qui permet à un tel spectacle de s'installer, grâce à une pédagogie humaniste mais terriblement risquée, que la machine se déraye progressivement et va mettre en lumière les contradictions de l'enseignement en général, dont le lien pédagogique et social avec les élèves se distend de façon dramatique année après année. Alors terrible constat que cet "Entre les murs" ? Lorsqu'on constate que les enseignants eux-mêmes s'opposent sur la qualité et la portée du film, qu'ils se contredisent parfois violemment, et que certains tendent même à taire une certaine vérité - alors que le film présente des faits constatés sur le terrain, bien que leur succession sur un plan dramaturgique et sur une courte durée déforme forcément la réalité -, on peut raisonnablement affirmer que Laurent Cantet a touché au but. Pourtant on n'ira pas jusqu'à dire que le cinéaste condamne qui que ce soit et fasse preuve d'un pessimisme outrancier. Film sur la frustration, "Entre les murs" montre aussi des êtres dynamiques et au fort potentiel qui se débattent, qui aspire à une vie meilleure - même si certains sont tristement condamnés d'avance -, mais dont les clés pour s'intégrer ne sont pas ou difficilement à leur portée. Car ces clés ont été confisquées suite à une inaction politique grandissante et à un abandon social qui n'en finit pas de faire de ravages. Et l'école d'essuyer de plus en plus tôt et de plus en plus fortement les plâtres. D'un sanctuaire prometteur, l'école est devenue le creuset des inégalités et de l'inadéquation progressive à un monde régi par des exigences productivistes et une sélection sociale cruelle, le tout en total décalage avec le discours officiel et les idéaux proclamés de la république. De l'école au monde du travail, Laurent Cantet expose les failles d'un système et les risques criants de désocialisation mais, sans faire de promesses faciles, il filme également des êtres humains sensibles et déterminés, soucieux de s'en sortir, d'échapper à ces failles en creusant eux-mêmes de nouveaux interstices dans une société figée, d'écarter les murs (comme ceux qui encadrent symboliquement le match de football qui bout comme une cocotte-minute), de recréer du lien social avec une vitalité certaine. Et c'est cette vitalité, en plus de la réussite proprement cinématographie du film, qui a permis à "Entre les murs" de remporter justement la Palme d'or du Festival de Cannes 2008.

Ronny Chester



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