| Les évènements de « La Nuit des morts-vivants » n’étaient pas un incident isolé, et tandis que ressuscitent les cadavres affamés de chair humaine, l’ordre social vacille. L’état d’urgence est déclaré ; conscients que la fuite est la seule solution, ils s’échappent à bord d’un hélicoptère et trouvent refuge dans un centre commercial isolé. Mais le répit sera de courte durée. Dix ans après l’original, George A. Romero retrouve ses chers morts-vivants pour un second opus, cité par de nombreux fans comme étant leur favori. Comparé au premier film, il fait presque figure de grosse production avec ses 1,5 millions de dollars de budget ; épaulé par Dario Argento, qui en tant que producteur se réservera le droit de montage pour le territoire européen, George A. Romero a les coudées franches pour s’exprimer, et ne s’en privera pas. « Dawn of the Dead » est le premier film de la série à parler ouvertement de la fin du monde, et le chaos règne dès le premier plan : les zombies préexistent au film, qui n’a pas le temps d’attendre le spectateur : ce dernier doit prendre l’action en cours, comme s’il avait raté le début… comme tous les vivants qui se sont laissés submergés par la situation. Les premières scènes nous montrent un ordre social en plein déliquescence, où la parole politique n’est plus, annonçant un retour proche à la barbarie ; seules les forces armées font encore illusion, pour quelques temps, et encore : la police ne contrôle plus ses éléments les plus excités, et l’armée ne sert qu’à encadrer les kermesses de rednecks utilisant les morts-vivants comme pigeons d’argiles. C’est dans cette époque de repli communautaire que nos quatre héros s’échappent de la ville en quête d’un havre de paix à l’écart de la civilisation urbaine. L’ironie est qu’ils croiront le trouver sous la forme d’un centre commercial. Passés les repérages et la prise de mesures de sécurité indispensables à leur survie, on constate que leur premier réflexe est de reconstituer au mieux leur mode d’existence passé, organisé autour de la consommation de masse. En cela, ils ne diffèrent guère des zombies qui, mus par ce qu’il leur reste d’instinct primaire, errent dans les couloirs de ce grand magasin où ils passaient probablement leurs weekends du temps où ils respiraient. « Ils sont nous ». Conteur cruel, Romero démontre la formidable incapacité de l’Homme à survivre. Incapables de surmonter leurs pulsions primaires, les hommes s’entretuent pour quelques parcelles de territoire, ou des biens devenus inutiles – voire la catastrophique attaque du gang de bikers. En dépit d’une fin très légèrement plus optimiste qu’à l’accoutumée – et d’ailleurs changée au dernier moment -, Romero se demande si l’espèce humaine a vraiment des raisons de se perpétuer. Mais « Zombie » n’est pas seulement une fable politique teintée d’humour noir, c’est aussi un formidable thriller ; on l’a souvent dit moins horrifique que le premier opus, et il est vrai qu’il ne cherche pas forcément à susciter la peur chez le spectateur, en revanche il l’abreuve de scènes gores marquantes : une tête explosant en gros plan – seul Cronenberg fera au moins aussi bien dans « Scanners » -, un festin anthropophage dans une cave, des enfants zombies canardés au fusil mitrailleur,… « Zombie » n’est pas avare en images marquantes pour nos rétines, ainsi qu’en scènes d’action et de suspense rarement égalées – la séance de shopping en brouette, la récupération du camion… Signalons enfin qu’il existe deux versions de « Zombie » - on ne s’étendra pas sur les différents montages exploité aux Etats-Unis -, celle exploitée en Amérique et celle destinée à l’Europe ; la première, très peu vue dans nos contrées, met l’accent sur les considérations politiques et comporte aussi plus d’humour – noir -, même si son ambiance est plus oppressante. La version européenne chapeautée par Dario Argento, celle que la plupart d’entre nous a découvert en premier, est plus rapide, plus nerveuse, plus orientée survival que film d’horreur. Elle bénéficie en outre de l’utilisation de la partition de Goblin. En général, on tend à préférer celle que l’on a vue dans sa jeunesse. Mais qu’importe la version vue, plus de trente ans après, « Zombie » reste l’un des plus grands films d’horreur jamais réalisés, aussi politique que gore. |