| Peter Sandza et Ben Childress sont deux collègues de longue date, tous deux membres des services secrets américains, Lors d'un séjour paisible au Moyen-Orient réunissant les deux hommes et Robin, le fils de Sandza, ils sont victimes d'une attaque terroriste d'envergure prenant place sur une plage israélienne. Le jeune homme est donné pour mort, alors qu'il est en réalité le jouet d'une manipulation fomentée par Childress qui se retourne ainsi contre son vieux camarade. En effet, Robin est un jeune télépathe et il est doté de pouvoirs psychiques puissants qui peuvent faire de lui une arme puissante. Tel est le dessein que poursuit Childress, qui cherche par tous les moyens à réunir aux Etats-Unis des jeunes gens dotés de pouvoirs équivalents afin de les transformer en tueurs à la solde de l'Etat. Le seul moyen pour Peter de retrouver son fils, la seule cause qui désormais importe à ses yeux, passe par le concours de la jolie et discrète Gillian qui vient d'entrer dans une école spécialisée surveillée par Childress. La jeune femme développe des pouvoirs psychiques similaires et son esprit se trouve de façon mystérieuse connecté à la psyché de Robin. La course poursuite est engagée, alors que Robin de son côté vit un bouleversement psychologique important et voit ses pouvoirs décupler avec le temps. Un certain cinéma fantastique des années 1970 était friand de parapsychologie et de scénarios traitant de tentatives apocalyptiques d'égaler une toute-puissance de caractère divin, surtout quand la science et la politique tentaient de frayer avec toutes sortes de phénomènes paranormaux. Quand, par ailleurs, une histoire dévoilait la destinée tragique d'un personnage bien plus martyre que surhumain en raison de pouvoirs qui s'avéraient pour lui une malédiction, on pouvait alors approcher une sorte de mélange idéal entre thèmes métaphysiques forts et émotions humaines intenses. En 1976, en adaptant avec brio le premier livre d'un certain Stephen King, Brian De Palma livrait déjà ainsi avec "Carrie" un chef-d'œuvre dont l'aura n'a cessé de briller depuis. Deux ans après, le cinéaste travaille à nouveau avec un sujet mettant en scène de jeunes gens dotés de pouvoirs paranormaux stupéfiants, confrontés à une société qui soit les ostracise soit ambitionne de les manipuler contre leur gré. Avec "The Fury", De Palma adapte un roman obscur de John Farris, qui signe d'ailleurs le scénario, et réalise une nouvelle prouesse… du moins pour une partie des spectateurs, En effet, ce film est un peu le mal-aimé de la série d'œuvres à suspense caractéristiques de son auteur qui s'étendent de "Sisters" à "Body Double". Il est vrai qu'à la base, il y a de quoi se sentir déconcerté par "Furie", tant ce dernier brasse allègrement des genres différents : espionnage, politique, thriller, fantastique, horreur. On pourrait en effet lui reprocher un certain manque de cohérence, non pas au niveau thématique mais plutôt sur un plan dramaturgique, tant le film semble souvent avancer par à-coups avec quelques séquences sans trop de liant. Mais ce serait oublier qu'il existe un maître d'œuvre aux manettes, un artiste de génie qui parvient à unifier ces quelques moments de flottement par une virtuosité formelle rarement prise en défaut et des audaces visuelles qui démontrent l'assurance d'un réalisateur qui n'a peur de pas grand chose (certains diront du ridicule, mais c'est un débat sans fin). Fidèle à ses géniales lubies, De Palma multiplie les points de vues (visuels, narratifs) et organise un suspense tour à tour angoissant et déchirant qui montre la détermination d'un père à sauver son enfant, seul (ou presque) contre tous ; un père malin, qui sait ses jouer des méthodes de ses adversaires pour arriver à ses fins. De Palma conçoit un ballet mortuaire qui confronte la pureté d'adolescents en pleine métamorphose à la perversité d'une société qui ne leur offre que des chausse-trappes. Et le cinéaste de nous prendre brillamment par la main jusqu'à un final bouleversant et d'une violence outrancière. La puissance d'une œuvre telle que "Fury" passe aussi par sa bande originale, et ce n'est pas faire preuve de grandiloquence que d'affirmer que la musique composée par John Williams pour ce film figure parmi ses plus grandes réussites (et la carrière prolifique du maître en comporte de nombreuses !). Williams délivre des thèmes d'une force et d'une beauté prodigieuses, alternant lyrisme et mélancolie, anxiété et noirceur, qui nous entraînent dans un maelström d'émotions parfois dignes de montagnes russes. Bien évidemment, également responsables du succès du film, les acteurs s'en donnent à cœur joie. Au premier rang desquels Kirk Douglas qui, dans ces années 1970, n'hésitait pas à participer à des productions fantastiques de tous horizons ("Holocauste 2 000", "Saturn 3"). Le grand Kirk, l'un des comédiens les plus charismatiques et envoûtants de l'âge d'or hollywoodien, ne ménage pas ses efforts pour interpréter cet agent solitaire, habile et résolu, dans ce thriller choc dont le scénario un peu foutraque ne pourra jamais faire l'unanimité. Face à lui, un autre comédien d'envergure : la carnassier et roublard John Cassavetes. L'acteur-réalisateur vient glaner dans "Furie" un peu d'argent pour monter ses propres films, mais qu'importe ! Sa présence inquiétante fait des merveilles et son personnage est l'objet d'un climax visuel saisissant que l'on ne dévoilera pas ici. On n'oubliera pas de citer la belle et douce Amy Irving au masque de tragédienne (elle était déjà de l'aventure "Carrie"), le vétéran Charles Durning dans le rôle du Dr McKeever, et enfin le jeune Andrew Stevens qui fait de Robin un garçon aussi attachant qu'horrifiant, à la fois victime et responsable d'un fléau qui finit par emporter tout sur son passage. "The Fury", malgré (et peut-être également) en raison de ses outrances visuelles, sonores et narratives, se révèle en fin de compte une œuvre profondément attachante. |