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L'Exorciste II : l'Hérétique

Affiche de L'Exorciste II : l'Hérétique

Exorcist II: The Heretic

Réalisé par John Boorman 

Fantastique, Horreur - États-Unis - 1977

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Un temps envisagé pour réaliser le film original finalement dirigé par William Friedkin, John Boorman est de nouveau sollicité par la Warner lorsque celle-ci, face au succès de "L’Exorciste", décide d’en mettre en chantier une suite. Après lecture du script de William Goodheart, le cinéaste britannique accepte tant il y voit l’occasion de livrer sa propre vision, affranchie du premier épisode et qui plus est soutenue par d’importants moyens financiers. Et en effet, bien qu’il se situe dans sa continuité narrative (le prologue du premier montage intégrait d’ailleurs des images du film de Friedkin), "L’Hérétique" n’a que très peu à voir avec "L’Exorciste", ce qui explique d’ailleurs en partie l’accueil extrêmement hostile dont fut victime le film à sa sortie : "L’Exorciste II" fait probablement partie des œuvres ayant provoqué le plus de divergences au sein de la communauté cinéphile, suscitant des avis souvent excessifs de part et d’autre ; exécré par beaucoup d’amateurs du film de Friedkin hurlant à la trahison, le film compte un certain nombre de laudateurs ultra-enthousiastes (dans leur ouvrage de référence sur le cinéma américain, Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, par ailleurs conscients des défauts du film, parlent de « l’exercice formel le plus étonnant depuis Le Narcisse noir de Powell et Pressburger »…) A vrai dire, les deux excès se comprennent, et en particulier la déception de ceux qui, s’attendant à une suite-calque, risque de singulièrement déchanter. En tant que film d’horreur, "L’Hérétique" est plus que médiocre, et semble même dans un premier temps, en tant que film tout court, compter un certain nombre de défauts rédhibitoires : scénario insipide, interprétation guindée (Linda Blair et Richard Burton sont, il faut le dire, assez mauvais) de personnages sans chair (la médecin incarnée par Louise Fletcher est purement théorique), décorum pseudo-scientifique ringard (le synchronisateur !), effets horrifiques très en-deçà - doux euphémisme - de ceux ayant fait la notoriété du film de Friedkin fortement atténués par un montage totalement arythmique qui en désamorce la plupart et qui donne au film une pulsation très particulière, presque désagréable (la séquence finale dans la maison de Georgetown, notamment, est un véritable raté)... pour beaucoup de spectateurs, la messe sera dite et "L’Hérétique" finira au bûcher. Il convient pourtant de dépasser cette première approche pour se laisser envoûter par un film qui tiendrait presque, en fait, de l’expérience mystique (le montage atypique étant, en quelque sorte, le « synchronisateur » du spectateur…) Plutôt que de chercher à réaliser un autre « spectacle horrifique » comme l’était "L’Exorciste", Boorman prend à bras le corps les thématiques originelles de l’œuvre de William Peter Blatty et offre sa vision, entière et audacieuse, de la lutte entre le Bien et le Mal, de la genèse des mythes et de leur structure interne. Il mène une véritable « réflexion » (le film offre de superbes et constants jeux de miroirs) autour de l’âme humaine, évoquant aussi bien la dualité inhérente à l’homme que sa constante recherche de sens. "L’Hérétique" est en ce sens une œuvre purement formelle, extrêmement ambitieuse, dont le cœur se trouve bien moins dans ce qui y est dit (et force est de constater la pauvreté de la plupart des dialogues) que dans ce qui y est montré : pour paraphraser une nouvelle fois Tavernier et Coursodon, chez Boorman, « les travellings sont affaires de métaphysique » ! Il faut impérativement saluer ici le travail ahurissant mené par le chef décorateur Richard McDonald, avec ces décors majestueux - et signifiants (des alvéoles vitrées de l’hôpital où est soignée Regan à l’inquiétante tanière de l’homme-léopard) ! - entièrement reconstitués en studio. En fait, s’il est éminemment déceptif en tant que film d’horreur, "L’Hérétique" montre surtout ce qui peut se passer quand, par ambition ou par insubordination, un grand cinéaste refuse de se soumettre aux codes les plus élémentaires du genre qu’il aborde. Imparfait, ô combien imparfait, mais résolument fascinant.

Antoine Royer



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Vos commentaires :

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j'adooooooooooooooooore  omaima el fethi , le Mardi 16 avril 2013 à 19 h 27


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