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Les Bronzés

Affiche de Les Bronzés

Les Bronzés

Réalisé par Patrice Leconte 

Comédie - France - 1978

TSR 1 Mardi 07 septembre 2010 à 22 h 25
Un club de vacances en Côte d’Ivoire à la fin des années 70. Un groupe de vacanciers débarque, parmi lesquels Bernard, venu rejoindre son épouse – ils forment un couple « très libre, enfin, surtout elle », Jérôme, plus frimeur que médecin, Gigi, une grande gamine en quête du grand amour, Josyane, qui elle a passé l’âge du grand amour et se contentera d’un homme, qu’importe lequel, et Jean-Claude, qui lui se contentera de ce qu’il peut trouver. Ils ont payé pour une semaine de folie et ont bien l’intention d’en profiter, ce dont vont se charger les GO, Marcus, Popeye, Bobo et quelques autres… France, les années 70. L’humour ronronne. Rigolade qualité française sur les grands écrans, satire politique héritière des chansonniers à la télévision, rien de nouveau à l’horizon. Même l’incident Charlots, qui avait commencé à faire souffler un vent de surréalisme, s’est mué en bidasseries triomphales. Et pourtant, le renouveau est en germe, et viendra du théâtre. Pas celui orné de velours rouge. Celui qu’on bricole dans le fond d’une cour, sur quelques tréteaux, le café théâtre. C’est l’époque du Café de la Gare de Romain Bouteille, d’où émergeront entre autres Coluche et Patrick Dewaere. Un temps où une troupe peut engager au pied levé l’employé d’un magasin des Puces qui les aide à charger des planches dans leur camionnette – Gérard Lanvin n’a pas démarré autrement. Et de ce bouillonnement émerge une poignée de jeunes comédiens, qui se fera bientôt connaître sous le nom du Splendid. Tout commence dans une classe de seconde du lycée Pasteur de Neuilly. L’animateur du ciné-club, un certain Gérard Jugnot, rêve de mise en scène. Il fait la connaissance de trois autres élèves ayant pour noms Michel Blanc, Christian Clavier et Thierry Lhermitte, auxquels il transmet sa passion. Ils tournent un premier court-métrage, Le Désespoir de Cathode, puis se mettent à l’écriture et montent leur première pièce, ‘La Concierge est Tombée dans l’Escalier’, en Terminale. Ils en veulent. Les pièces se succèdent, et la troupe invesit un café de la Rue d'Odessa. En 1977, après ‘Le Pot de Terre contre le Pot de Vin’, ils montent ‘Amours, Coquillages et Crustacés’. Ils venaient de faire la connaissance de Guy Laporte, chef de village au Club Méditerranée, qui, accrochant bien à leur humour, leur avait proposé un arrangement courant : quelques semaines de vacances en échange de sketches lors des soirées spectacle. Du pain béni pour les jeunes auteurs qui ont ainsi tout le loisir d’observer le spectacle de ces vacanciers décidés à s’amuser coûte que coûte, puisqu’ils ont payé pour. Ce qui était à la base un projet de film devient donc une nouvelle pièce, satire des clubs de vacance – quoique Thierry Lhermitte contestera toujours le terme de ‘satire’, car selon lui situations et dialogues sont directement tirés d’expériences vécues. Enthousiasmé après une représentation, Yves Rousset-Rouard, oncle de Christian Clavier et producteur, entre autres, d’"Emmanuelle", décide de financer le film. Le tournage se déroule sans problème dans un ancien club de vacances de Côte d’Ivoire, situé à trois kilomètres d’un véritable Club Med – la vénérable institution a d’ailleurs refusé de participer au film après avoir pris connaissance du scénario, et a même publié une circulaire interdisant formellement à ses GO d’y prendre part. Le Splendid parvient néanmoins à recruter quelques vacanciers pour assurer la figuration, attirés par une pseudo-tombola. Le film sort en salles le 22 Novembre 1978, et rencontre le succès que l’on sait – plus précisément, 2 182 000 entrées. Mais au contraire de nombreuses comédies françaises des années 70, la popularité des "Bronzés" ne se démentira pas, et le film reste aujourd’hui encore une valeur sûre pour les chaînes souhaitant un pourcentage d’audience confortable. Qui ne s’est pas assis devant sa télé à réciter les répliques en même temps que les acteurs, en se disant que six millions de spectateurs étaient probablement en train de faire de même ? Comment expliquer ce triomphe transgénérationnel ? D’entrée de jeu, précisons que ce n’est en aucun cas pour ses qualités formelles : Patrice Leconte lui-même en convient volontiers, "Les Bronzés" est d’une grande pauvreté esthétique, frisant même la déficience par moments, et surtout la caméra se contente d’enregistrer les gags, pratiquement aucun d’entre eux n’étant provoqué par la mise en scène. Mais l’important n’est pas là, nous ne sommes ni chez Billy Wilder ni chez les Z.A.Z. On l’a dit, la sortie de ce film a donné accès à un large public à un style d’humour différent, auparavant réservé à ceux qui se déplaçaient dans les cafés-théâtres. Un humour mordant, vachard, sans grande pitié. Le Splendid avait touché là un point précis. Avec Le Père Noël est une Ordure, ils brocarderont des personnages caricaturaux, souvent éloignés de nos réalités quotidiennes – et heureusement. Avec Les Bronzés, la donne est différente : tout le monde a déjà failli gifler un type ressemblant à Clavier. Gérard Jugnot est le sosie du type qui a épousé votre sœur. Et surtout, chacun d’entre nous a connu un Jean-Claude Dusse. Mais attention, on ne se sent pas visés ; Jean-Claude Dusse, c’est les autres. Le Splendid a connu le triomphe public grâce aux "Bronzés" ; revers de la médaille, chaque comédien fixera dans l’esprit des spectateurs une image dont il lui sera bien difficile de se débarrasser. En dépit de rôles variés, Michel Blanc est encore aujourd’hui interpellé dans la rue sous le nom de Jean-Claude Dusse, Dominique Lavanant reste abonnée aux rôles de chef de service aigrie, et Christian Clavier enchaînera les personnages de tête à claques. En revanche, Gérard Jugnot saura utiliser son image de ‘beauf moustachu’ pour faire passer d’autres idées, d’autres émotions,… Mais quoiqu’il en soit, "Les Bronzés", en marquant le début de la reconnaissance pour la génération Splendid – seulement trois films -, reste une date essentielle de la comédie française.

Franck Suzanne

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Olivier Bitoun Ronny Chester François-Olivier Lefevre Erick Maurel Antoine Royer Franck Suzanne
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