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Solaris

Affiche de Solaris

Solyaris

Réalisé par Andrei Tarkovski 

Science-fiction - URSS - 1972

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Le cosmonaute Kris Kelvin reçoit la mission de se rendre sur la planète Solaris afin d’enquêter sur les événements étranges qui s’y sont produits. Au terme d’un long voyage, il débarque dans la station d’où les scientifiques observent la planète océan. L’un d’entre eux s’est suicidé, les autres sont en proie à des visions issues de leur passé. Kelvin comprend que la planète génère l’apparition de ces souvenirs issus de l’esprit humain lorsqu’il se retrouve confronté à sa compagne décédée. "Solaris" est situé à un moment charnière dans l’œuvre d’Andrei Tarkovski. Nous sommes alors en 1972. "Andreï Roublev" n’a été distribué que l’année précédente en U.R.S.S., soit deux ans après les projections officielles moscovite et cannoise, et quatre ans après son achèvement. Tarkovski est sans travail, plusieurs de ses scénarios ont été refusés, le projet de ce qui deviendra "Le Miroir", son œuvre la plus proche de l’autobiographie, est toujours en attente. Un projet s’offre alors à lui : un film de science-fiction, genre éminemment populaire en terre slave, l’adaptation de "Solaris", un roman de l’écrivain polonais Stanislas Lem. Le cinéaste ne s’intéresse pas à la science-fiction, pas plus qu’à n’importe quel autre genre, d’ailleurs - le cinéma est pour lui un genre en soi. Une première adaptation avait déjà été rédigée par, entre autres, Friedrich Gorenstein, en 1969. Fidèle au roman, elle se situait entièrement sur Solaris. C’est Tarkovski qui y a introduit les séquences terriennes. ‘"Solaris" est mon film le moins réussi parce que je n’ai pas réussi à éliminer tous ses rapports avec le genre de la science-fiction. Lem, qui avait lu le scénario, avait décelé ma tentative d’éliminer ces facteurs de science-fiction et en avait été contrarié. Il menaça de retirer son autorisation, si bien que nous rédigeâmes un autre scénario que nous pourrions, je le souhaitais, abandonner en douceur pendant le tournage. Mais nous n’y parvînmes pas complètement.’ Curieusement, Tarkovski se sent prisonnier d’un genre qui au contraire devrait lui permettre de développer ses thématiques en toute liberté. Il recompose donc la structure narrative afin que celle-ci soit plus en accord avec l’univers tarkovskien d'où la nécéssité de réintroduire la présence de la Terre. Tarkovski enracine son personnage principal dans sa terre originelle en s’attardant longuement sur les herbes flottantes et le cours d’eau, qui va s’opposer au liquide huileux et mouvant qui recouvre Solaris. De même, il place au centre du décor la traditionnelle datcha - ici censée être la réplique de la maison du grand-père -, que l’on retrouve dans toute son œuvre, jusqu’à "Nostalghia" et "Le Sacrifice". Cet ensemble harmonieux formé par la nature, l’homme et sa propre construction présente la base sur laquelle va se fonder la quête de Kelvin. Osera-t-on dire que "Solaris" n’est pas forcément le film le plus intéressant de l’œuvre d’Andreï Tarkovski ? Car en dépit de séquences magnifiques - les plus belles se situant sans doute dans la première partie -, il reste l’un des plus obtus, sans avoir la virtuosité et la complexité du "Miroir", ni l’évidence formelle et la perfection d’"Andreï Roublev" ou "Stalker". La faute en incombe-t-elle à un matériau d’origine qui n’est pas le sien et entrait en conflit avec ses propres préoccupations philosophiques et esthétiques ? Il sera donc à déconseiller éventuellement à ceux qui souhaitent découvrir l’oeuvre du cinéaste, ce qui ne doit pas les empêcher de se pencher plus tard sur le cas "Solaris".

Franck Suzanne

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