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La Colline a des yeux

Affiche de La Colline a des yeux

The Hills have Eyes

Réalisé par Wes Craven 

Survival - États-Unis - 1977

Aucune diffusion prévue à ce jour.
En route vers la Californie, une famille fait un détour par le désert afin de retrouver l’emplacement d’une mine d’argent, sans écouter les avertissements d’un vieil homme propriétaire d’une station service. A la suite d’un accident, ils sont contraints de se séparer afin de trouver du secours. Ils vont alors faire la connaissance d’une famille de cannibales vivant dans les collines. Après la mort du père, les deux communautés s’affrontent sans aucune pitié, l’une pour survivre, l’autre pour se nourrir. On le sait depuis "Délivrance" et "Massacre à la Tronçonneuse", les virées à la campagne, ce n’est pas forcément une bonne idée ! Et La Colline a des Yeux s’inscrit naturellement dans ce genre typiquement américain, le survival, dont le principe est on ne peut plus simple : lâcher quelques beaux représentants de civilisation WASP en pleine nature, les confronter aux oubliés du système et les regarder se débrouiller. Lors de la mise en chantier de "La Colline a des Yeux", Wes Craven ne représente quasiment rien au sein du milieu du cinéma. Ou plutôt si : sa réputation est celle d’un ancien enseignant ayant abandonné sa carrière de chercheur pour se lancer dans le cinéma d’exploitation, et dont la première œuvre, "La Dernière Maison sur la Gauche", s’est faite interdire à peu près partout. Il va cette fois puiser son sujet dans un fait divers écossais du XVIIème siècle. :Une famille vivant cachée dans une grotte inaccessible à marée haute agressait les voyageurs et se livrait au cannibalisme. Une fois capturés, ceux-ci subirent des supplices aussi effroyables que ceux qu’ils avaient infligés ; la justice et ses bourreaux se montrèrent aussi cruels et inhumains que les assassins qu'ils devaient chatier. Trouvant dans cette macabre histoire de nombreux parallèles avec notre société, Craven décida donc de la transposer au cœur de l’Amérique moderne. D’une part, la famille de dégénérés vivant dans les collines : la façon dont le grand-père décrit la naissance de Jupiter laisse entendre qu’il a été frappé d’une malédiction, ce qui semble être le seul élément fantastique du film. Alors que par exemple, la dégénérescence de la famille de bouchers de "Massacre à la Tronçonneuse" est le résultat d’une mise à l’écart économique de toute une classe sociale, la naissance de cette tribu cannibale a des résonances mythiques - la référence aux Titans est claire, et ce n’est pas par hasard que les hommes portent des noms de planètes. En même temps, la description de la famille renvoie aux origines profondes de l’Amérique : les parures qu’ils arborent évoquent les décorations indiennes, tandis que le cannibalisme comme mode de vie fait irrésistiblement songer aux récits des survivants des montagnes enneigées du Colorado. D’autre part, les voyageurs : famille américaine typique, visiblement assez conservatrice - importance de la prière, père retraité des forces de police -, le tout respirant la normalité apparente. Deux familles ayant donc évolué dans des milieux totalement opposés. Et pourtant, elles sont proches. Toutes deux fonctionnent selon un système patriarcal fort : que ce soient l’ex-policier ou Papa Jupiter, ce sont eux qui prennent les décisions et règlent les conflits. Et leur pouvoir s’impose par la peur qu’ils inspirent. Film sur le retour à l’état sauvage et sur la fragilité de la civilisation, "La Colline a des Yeux" a construit sa réputation sur une sortie chaotique et une relative invisibilité. Il tire sa force brutale d’une esthétique minimaliste, proche du reportage, certes justifiée par les conditions de tournage, mais qui néanmoins sert bien son propos. C’est aussi un défilé de ‘gueules’ de cinéma qui marqueront le genre, et à leur tête bien entendu Michael Berryman : entraperçu en malade ligoté dans un coin de la salle commune de l’hôpital de Vol au Dessus d’un Nid de Coucou, son crâne déformé et dépourvu de pilosité deviendra l’icône représentative du film. Revoir "La Colline a des Yeux" aujourd’hui, c’est aussi revenir sur le parcours artistique d’un homme venu au cinéma fantastique par hasard : comment, avant de réfléchir avec plus ou moins de bonheur sur les mécanismes du genre, il se contentait de contribuer à en écrire l’histoire. S'il a souffert du passage du temps, le film reste aujourd'hui un témoignage de ce que le cinéma d'horreur pouvait nous offrir dans les années 70.

Franck Suzanne


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