| A travers cinq épisodes, « Les Aventures du Prince Ahmed » raconte comment un jeune prince veut protéger sa sœur Dinarsade d'un sorcier africain maléfique qu'elle est contrainte d'épouser. Ses pérégrinations vont le mener du fascinant et dangereux pays Wak-Wak, où il sauve la belle Pari Banu dont il tombe immédiatement amoureux, au royaume des volcans cracheurs de feu sur lequel règne une inquiétante sorcière qui devient son allié, en passant par le pays de Chine dont l'empereur s'éprend à son tour de Pari Banu… Souvent présenté comme le premier long métrage d'animation de l'histoire du cinéma, « Les Aventures du Prince Ahmed » est l'œuvre d'une créatrice qui s'est toute sa vie dévouée à explorer les potentialités de l'animation de silhouettes découpées. Lotte Reiniger a longtemps peaufiné sa technique du Sihouettenfilm, selon un procdé qu’elle a elle même inventé, avant de se lancer dans l’aventure du Prince Ahmed, long métrage financé par un banquier berlinois, Louis Hagen, admirateur de son travail. Elle en signe le scénario, libre adaptation d’ « Aladin et la lampe merveilleuse » et du « Cheval volant », deux des contes issus des «Mille et Une nuits ». Trois années de tournage (1923-1926) seront nécessaires pour filmer les 300 000 images qui composent le film. Les personnages sont composés de vingt-cinq à cinquante pièces pour assurer la fluidité de l’animation. Un travail d’orfèvre qui propose une grande précision dans l’élaboration des décors, des costumes, des traits et des mains. Un soin maniaque est apporté à chaque détail et « Les Aventures du Prince Ahmed » marque encore aujourd’hui par ce travail d’un incroyable raffinement. C’est un film toujours aussi fascinant et de nombreuses scènes, comme la chevauchée aérienne du prince Ahmed et le duel entre la sorcière et le mage africain, sont d’une beauté saisissante. C’est un film qui sait préserver une aura mystérieuse, qui ne simplifie pas son histoire (au risque de perdre parfois le spectateur, et pas seulement les plus jeunes) et laisse sa poésie s’exprimer. Poésie qui naît de la somptuosité des décors (Ruttman est un véritable génie), de la finesse des traits, de la précision d’un art qui rappelle les enluminures. Le film par moments, notamment dans l’usage de figures géométriques abstraites lors de la présentation des personnages, rappelle qu’il est en lien étroit avec le cinéma d’avant-garde allemand de cette période. C’est aussi un film qui, contemporain du « Nosferatu » de Murnau (la silhouette du mage africain évoque d’ailleurs celle de Max Schrek), s’intègre au mouvement expressionniste, dont les jeux d’ombres, les visages et les corps filmés en contre-jours pourraient trouver leur origine dans les théâtres d’ombres. Un film indispensable pour tout amateur de cinéma d’animation, un conte merveilleux qui ravira les enfants. |