| Lorsque Sarah (Kristen Bell) lui lance au sortir de la douche « Je t’aime vraiment beaucoup », Peter (Jason Segel) comprend qu’il vient d’être largué. Quelques mois plus tard, il part sur les conseils de son beau-frère à Hawaï pour récupérer. Forcément, il tombe nez à nez sur Sarah qui se pavane au bras d’une rock star (Russell Brand, hilarant) décadente. « Forgetting Sarah Marshall » est un premier scénario écrit par Jason Segel, aperçu dans « En cloque mode d’emploi ». On aura donc vite fait d’intégrer ce film dans la vague, ou plutôt le tsunami comique déversé par Judd Apatow (ici producteur) et sa bande sur le cinéma américain, d’autant que l’on retrouve devant la caméra les gueules habituelles de son cinéma comme Jonah Hill, Bill Hader et l’inénarrable Paul Rudd. Il faut donc tempérer d’entrée de jeu les enthousiasmes : « Sans Sarah, rien ne va ! » n’a ni la richesse, ni la finesse de « 40 ans toujours puceau » ou « Knocked Up », ce qui ne l’empêche pas d’être une comédie enlevée, admirablement dialoguée et interprétée, qui durant 1h50 enchaîne sans temps mort (ou presque : les incartades scénaristiques qui trouent le film font aussi partie de son charme) les séquences hilarantes, les situations incongrues, les blagues scabreuses et aussi un peu de douceur (mais pas trop). Jason Segel (artiste complet qui compose également les musiques du film, son héros étant un musicien de publicité qui rêve d’un grand opéra rock sur Nosferatu) glisse sous sa comédie quelques réflexions sur l’amour, la solitude et égratigne au passage la futilité du monde du spectacle (du show business de la musique MTV aux monde des séries télé) : on se remémore ainsi avec délectation les paroles grotesques des tubes d’Aldous Snow, rock star plus vraie que nature, ou les séquences hilarantes qui parodient les séries policières made in USA. Mis en scène sans génie, mais avec efficacité, par Nicholas Stoller (scénariste de l’excellent « Yes Man » avec Jim Carrey), « Forgetting Sarah Marshall » est une preuve supplémentaire, s’il en faut encore, de la vitalité du cinéma comique américain. |