| Cronenberg avait déjà pris pour sujet, de manière très ironique, la télépathie dans Stereo. Scanners reprend l’idée d’un groupe humain ayant subi des modifications biologiques ou chimiques provoquant l’apparition de capacités nouvelles. Mais alors que Stereo était une véritable pochade prenant pour cible les gourous, Scanners a un ton beaucoup plus sérieux et inquiet. Les corporations remplacent ici les mouvements sectaires et Cronenberg questionne à travers ce récit d’action les implications morales et éthiques ayant trait à l’apparition de « surhommes ». Comme toujours, et ce dès ses premières œuvres, Cronenberg parvient à mêler étroitement une thématique questionnant l’homme et son rapport au corps à un récit fantastique au rythme trépidant. Mené comme un film policier, avec poursuites en voiture et combats à l’arme lourde, complots et espionnage, Scanners développe un ton et une ambiance presque austères tout en étant un modèle au niveau du rythme, Cronenberg multipliant les climax dramatiques, de la mythique explosion de tête qui ouvre le film au combats entre télépathes, en passant par le duel mental entre le héros et un ordinateur. Scanners est un véritable succès qui va amener les producteurs du Retour du Jedi à approcher le cinéaste pour sa réalisation (lorsque l’on voit Scanners, on comprend ce qui a pu les pousser à proposer le film à Cronenberg, idée à priori saugrenue). Mais Cronenberg va poursuivre dans la voie qu’il a clairement tracée depuis Frissons, à savoir le cinéma d’horreur comme réflexion sur l’homme, le fantastique comme moyen d’approcher des sujets souvent tabous comme le sexe, la maladie, la vieillesse. Le spectateur pourra vite passer sur les suites commerciales initiées par le producteur Pierre David (Scanners 2 et 3, ScannerCop) pour se précipiter sur ce qui constitue réellement la continuation du film, à savoir Vidéodrome, chef-d’œuvre programmatique du cinéaste. Si Scanners semble avoir des années d’avance sur la production de l’époque, ce n’est que le début d’une carrière exemplaire et passionnante. Même maintenant, alors que l’on pourrait penser que Cronenberg est allé au bout de sa démarche avec des films comme Le Festin nu ou Crash, on a encore l’impression, voire la certitude, d’être à l’orée de son œuvre. |