| La vie des Itivimuits de Hopewell Sound dans le nord de l’Ungava à travers le quotidien de Nanouk (L’Ours), de sa femme Nyla (Celle qui sourit) et de leurs enfants. Une plongée dans le monde des esquimaux et dans la beauté du grand Nord : pêche du saumon, chasse au phoque et au morse, fabrication d’un igloo, tempêtes de neige et famine…Dans « Nanouk », comme dans ses futures réalisations, l’intérêt premier de Flaherty consiste bien dans la description du rapport qui naît entre l’homme et la nature, la manière dont un peuple est capable de survivre dans un environnement hostile. Cette obstination de l’homme fascine Flaherty et elle se retrouve dans la vie même du cinéaste, dans son refus de se plier à des contraintes économiques ou à des dogmes esthétiques. Flaherty avait réussi à convaincre les fourrures Révillon de sponsoriser le film. Bien sûr Flaherty ne réalise à aucun moment la publicité rêvée par les frères et son film, trop original, n’est pas immédiatement diffusé. Lorsqu’il parvient enfin à décider Pathé, qui entre temps en a racheté les droits, de le distribuer, le succès est tel que les cornets de glaces s’appelleront dorénavant des Nanouks en Allemagne ou en URSS, et des esquimaux en France. On s’habille en Anorak, le kayak devient un sport familier… Mais face à cette reconnaissance le constat est amer. Nanouk mourra de faim deux ans après le tournage, suite à un hiver trop rude où le légendaire Ours lui-même ne parvint pas à chasser suffisamment pour survivre. Flaherty s’est complètement intégré au monde qu’il filme et c’est là où son film peut être perçu comme le plus fidèle et sincère témoignage sur le peuple esquimau. Lorsqu’il tourne en 1920 ce film à Inukjuak (nom inuit de Port Harrison dans la baie d’Hudson), il a passé au total près de dix années auprès des Esquimaux. C’est cet investissement total, cette curiosité, cet amour, qui élèvent le film et le rend si touchant et intemporel. C’est aussi ce regard que porte Flaherty sur le personnage de Nanouk. Jovial, amusé et amusant, on s’attache immédiatement à lui. Son rire franc, contagieux, semble même percer le mur du muet. Nanouk devient le joyeux guide grâce auquel le spectateur rentre de plein pied dans ce monde si éloigné du sien. Il n’y a nul didactisme dans les œuvres de Flaherty. Le spectateur est amené à comprendre par lui-même ce qui lui est montré et le cinéaste refusant tout commentaire ethnologique cette compréhension passe par l’empathie ressentie envers les personnages, d’où l’importance du choix de Nanouk. Il n’y a pas de considération historique ou morale. Flaherty ne s’attache pas à montrer les ravages de l’hégémonie de l’homme blanc sur une culture minoritaire. Son ambition est non de porter un regard extérieur mais bien de « montrer les Esquimaux, non du point de vue des gens civilisés, mais tels qu’ils se voient ». |