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Breezy

Affiche de Breezy

Breezy

Réalisé par Clint Eastwood 

Comédie dramatique - États-Unis - 1973

Aucune diffusion prévue à ce jour.
En 1973, on pouvait déjà se dire que sous la carapace de L’homme sans nom, de Blondin et de Dirty Harry se cachait en définitive un grand romantique ! Comment, alors que c’était seulement son troisième film en tant que réalisateur, les clichés à son encontre (macho, violent, cynique, etc., certains n’hésitant pas à aller jusqu’à le traiter de fasciste à la sortie du baroque L’Homme des hautes plaines - High Plains Drifter) ont-ils pu être aussi tenaces dans la durée ? Tout ceci est aujourd’hui définitivement oublié mais c’est une nouvelle preuve du recul qu’il faut avoir avant de porter des jugements définitifs sur une œuvre ou un cinéaste. Car comment ne pas avoir immédiatement pointé du doigt une sensibilité à fleur de peau comme celle de Clint Eastwood, sensibilité qui ressort par tous les pores de cette œuvre tendre et fragile qu’est Breezy, une chronique intimiste et romantique narrant l’histoire d’amour naissante entre deux solitaires. D’un côté Breezy, une jeune hippie de 17 ans qui parcourt les Etats-Unis en faisant du stop et qui vient d’échapper de justesse à une tentative de viol ; de l’autre Frank, un riche cinquantenaire directeur d’une agence immobilière récemment divorcé chez qui elle vient se réfugier pour une nuit. Voilà, c’est tout mais c’est beaucoup quand on traite une aussi belle histoire avec une telle délicatesse sans jamais tomber ni dans le graveleux ni dans la vulgarité. La douce mélancolie qui parcourt le film portée par une partition superbe de Michel Legrand rend souvent au contraire cette œuvre sereine tout simplement bouleversante. La scénariste d'Un frisson dans la nuit (Play Misty for me), Jo Heims, avait conseillé au cinéaste de tenir le rôle principal mais se jugeant trop jeune, il reporta son choix sur William Holden qui quelques années auparavant jouait le poignant anti-héros de La Horde sauvage (The Wild Bunch) de Sam Peckinpah et qui se trouvait un peu délaissé depuis. Il prit un immense plaisir sur le tournage et cela se ressent fortement à l’écran puisque sa prestation tout en finesse est encore une fois digne d’éloge. Kay Lenz, sa jeune partenaire, n’en mérite pas moins, se révélant tout simplement inoubliable de fraîcheur et de spontanéité. Sur un sujet délicat et rarement traité à l’époque, un scénario d’une grande justesse dans lequel presque tout passe par les non-dits ou les regards, mis en images dans un écrin plastique d’une belle retenue et d’une grande sobriété, Eastwood préférant avancer par distillation de petites touches plutôt que par à coups mélodramatiques ; l’émotion n’en est que plus prégnante. Un film délicat et non dénué d’humour (les dialogues et situations sont parfois assez cocasses) qui préfigure un autre chef-d’œuvre intimiste qu’Eastwood réalisera 22 ans plus tard, le splendide Sur la Route de Madison (The Bridges of madison County. Même minimalisme du point de départ, même intelligence dans l’écriture, même pudeur dans le traitement, même classicisme intemporel de la mise en scène pour au final une même intensité dans l’émotion qui s’en dégage. Mine de rien, nous tenons là deux des sommets de la filmographie ‘eastwoodienne’ qui ont aussi tous deux en commun de nous laisser partir avec les yeux rougis par de discrètes larmes. Poignant !

Erick Maurel

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