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Le Nouveau Protocole

Affiche de Le Nouveau Protocole

Le Nouveau Protocole

Réalisé par Thomas Vincent 

Thriller, Suspens - France - 2008

CinéCinéma Frisson Mercredi 08 septembre 2010 à 20 h 40
CinéCinéma Frisson Jeudi 09 septembre 2010 à 19 h 05
CinéCinéma Frisson Dimanche 12 septembre 2010 à 22 h 35
CinéCinéma Frisson Mardi 14 septembre 2010 à 13 h 30
CinéCinéma Frisson Mercredi 15 septembre 2010 à 10 h 00
CinéCinéma Frisson Jeudi 16 septembre 2010 à 22 h 25
Allez, osons : plus que la troisième réalisation pour le cinéma de Thomas Vincent (Karnaval, Je suis un assassin), l’envie nous étreint de voir en ce Nouveau protocole le dernier volet d’une trilogie initiée par… Henri Verneuil à la fin des années 70 avec I comme Icare puis Mille milliards de dollars. On peut de prime abord trouver plutôt incongrue cette inscription dans la continuité de deux films très marqués par leur contexte de production (Verneuil avait été très inspiré par un « cinéma du complot » venu des Etats-Unis et assez propre aux années 70) mais, outre une citation très explicite (un personnage majeur s’appelle Verneuil), on sent chez Thomas Vincent une volonté manifeste de renouer avec un certain type de cinéma politique "à l'ancienne", dans un genre plutôt moribond (doux euphémisme) ces derniers temps en France. A l’instar donc de ces glorieux prédécesseurs, Le nouveau protocole tente de redorer le lustre d’un cinéma engagé et néanmoins populaire, conscient de son époque et des complots qui s’y trament : on retrouve ainsi dans les trois films, sous différentes formes, cette figure centrale d’un protagoniste soudainement confronté aux scandaleuses réalités du monde, et qui, seul contre tous, entreprend vainement de les révéler. Dans une évolution qui pourrait sembler cohérente, I comme Icare abordait une facette plutôt politique de cette situation, Mille milliards de dollars traitait d’avantage de la question financière, et c’est ainsi que Le nouveau protocole soulève un problème sanitaire – le facteur économique étant, in fine, au cœur de chacun des films. Plus précisément – et c’est en quoi le film de Thomas Vincent se démarque par exemple du Constant Gardener de John Le Carré – il ne s’agit pas tant d’évoquer les essais clandestins des laboratoires pharmaceutiques dans les pays du Tiers-Monde (la question est rapidement évoqué, mais ce n’est pas l’aspect le plus réussi du film) que de révéler en quoi ceux-ci obéissent moins à des objectifs thérapeutiques que mercantiles : l’une des scènes les plus limpides du film nous explique ainsi comme les lobbys pharmaceutiques ont prioritairement créé dans les pays occidentaux des générations entières d’hypocondriaques, vouées à dépenser leur argent pour des maladies anodines, voire chimériques. Toutefois, plutôt que de construire un film à thèse démonstratif et manichéen au possible, Thomas Vincent opte pour le registre du thriller musclé, où la gravité et un sentiment oppressant d’urgence dominent. Pour autant, en une trentaine d’année, le monde a changé, les ramifications géopolitiques comme économiques se sont encore d’avantage complexifiées, et perdus dans le chaos du monde, les héros sont déchus : le procureur Volner (I comme Icare) et le journaliste Kerjean (Mille milliards…) étaient des incarnations de la droiture, d’une certaine conscience que la folie contemporaine ne semble plus permettre. Le nouveau protocole s’enrichit lui d’une certaine ambiguïté à travers deux personnages principaux instables et paranoïaques, dont on ne saisit jamais véritablement les motivations profondes (soif de vérité ou folie revancharde et aveugle contre la vie). Évidemment, ce serait faire preuve d’un certain aveuglement que de prétendre que Le nouveau protocole se hisse sans souci au niveau des films évoqués plus tôt ou de certains Costa-Gavras : le film n’est pas exempt de défaut, tant dans son interprétation que dans une intrigue parfois contrainte à l’opacité pour ne pas tomber dans de piégeux amalgames, et Thomas Vincent n’est pas non plus, avouons-le, le plus grand cinéaste d’action au monde… Pour autant, en cette période de disette, la tentation est grande de faire exceptionnellement preuve d’une indulgence un peu forcée pour avant tout se focaliser sur les indéniables qualités d’un film dont l’audace autant que l’ambition nous auront parues salutaires. A encourager, donc.

Antoine Royer


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