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La dernière flèche

Affiche de La dernière flèche

Pony Soldier

Réalisé par George Cukor 

Western - États-Unis - 1952

Aucune diffusion prévue à ce jour.
Trois des plus grands acteurs de comédie américains dirigés par un cinéaste réputé pour sa finesse, dans un film produit par l’un des plus élégants esprits d’Hollywood : une affiche de rêve… qui tient toutes ses promesses ! La pièce originale, succès sur les planches de Broadway, avait été écrite par Philip Barry, proche ami de Katharine Hepburn, qui interprétait d’ailleurs déjà sur scène le rôle de Tracy (aux côtés notamment de Joseph Cotten). Pour lutter contre l’image négative que la RKO, notamment, avait initiée à l’encontre de l’actrice, la comédienne prit ce rôle, qu’elle avait d’ailleurs inspiré, très à cœur, et acquit, grâce à Howard Hughes, les droits d’adaptation, en allant jusqu’à nommer ses partenaires idéaux, en l’occurrence Spencer Tracy et Clark Gable. Ce dernier fut vite mis sur la touche par George Cukor lui-même, qui gardait un certain ressentiment vis à vis du comédien suite au tournage houleux d’Autant en emporte le vent. Comme une évidence, Cary Grant fut alors consulté, et le choix de son personnage lui fut d’ailleurs laissé. Enfin, c’est à James Stewart qu’échut le rôle de Macaulay Connor, pour lequel il remporta d’ailleurs l’Oscar. Indéniablement, en de multiples occasions, l’origine scénique du film est trahie par la grande théâtralité des situations, d’autant que George Cukor privilégie les plans longs, durant lesquels les comédiens expriment tout leur talent. Une légende invérifiable concernant Indiscrétions raconte d’ailleurs qu’aucune scène ne nécessita plusieurs prises, ce qui révèle tant la simplicité du dispositif scénique que, surtout, l’incroyable brio des comédiens ; il ne s’agit pas d’ailleurs, malgré leur infinie maestria (la scène d’ivresse de James Stewart !), de se limiter aux trois stars, tant tous les membres du casting brillent d’un éclat singulier, du vieil oncle coquin (Roland Young) à l’agaçante petite sœur chipie (Virginia Weidler) en passant par l’émouvante complice photographe de Macaulay (Ruth Hussey). On range parfois Indiscrétions dans le registre de la screwball comedy, ce genre débridé où d’anciens époux s’entredéchirent et se reconquièrent avec panache dont Leo McCarey ou Howard Hawks signèrent quelques unes des plus grandes réussites. Pour autant, malgré une intrigue typique, un casting emblématique (notamment Grant et Hepburn, réunis deux ans après Bringing up Baby) et une scène d’ouverture éminemment burlesque, Indiscrétions se démarque assez du genre pour voguer vers des eaux à la fois plus apaisées (question de rythme) et plus tourmentées (les errements intimes des personnages). De fait, Indiscrétions occupe sa propre place dans la comédie américaine, quelque part entre le pétillant de la screwball donc, l’élégance de la comédie de mœurs lubitschienne (y compris dans la subversion d’un finale voyant la belle « faire son marché » entre trois prétendants) et une sorte de « comédie des apparences », plus mélancolique, dont Billy Wilder deviendra plus tard le plus admirable représentant. Il est en effet beaucoup question d’apparences, dans Indiscrétions : elles y font de ressorts comiques (les quiproquos où les rôles de chacun sont inversés) comme de nœuds dramatiques (George accusant Tracy à tort). Elles font également office de vecteurs d’une satire sociale, notamment sur le lustre de façade des classes huppées, où la violence est autorisée tant qu’elle se tapit derrière le crépis de la bienséance (la mère reprenant Dinah non sur l’idée mais sur le terme employé). Enfin - et c’est probablement ce qui avait tant parlé à Katherine Hepburn dans ce script, elle qui pâtissait d’une image négative mais qui retrouva progressivement les grâces du public - Indiscrétions repose sur une composante plus amère, où chacun souffre de l’image qu’il renvoie, des apparences trompeuses et des jugements hâtifs. Les protagonistes d’Indiscrétions ne sont de prime abord pas spécialement attachants, un peu limités à des archétypes mais ils deviennent bouleversant dès lors que les statues se fissurent, que les déesses s’humanisent, et que les cœurs s’expriment enfin. Beau, subtil et raffiné, Indiscrétions est probablement – empruntons ce judicieux néologisme au film – la plus « yar » des comédies.

Antoine Royer



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