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L'Orphelinat

Affiche de L'Orphelinat

El Orfanato

Réalisé par Juan Antonio Bayona 

Fantastique, Horreur - Espagne - 2007

CinéCinéma Frisson Vendredi 03 septembre 2010 à 21 h 00
Couronné d’un succès public sidérant de l’autre côté des Pyrénées et dès lors présenté comme un film-phénomène, L’orphelinat fit lors de sa sortie en France l’effet d’un pétard mouillé, ne trouvant pas son public et décevant en grande partie les amateurs de cinéma de genre. Espérons que son exploitation numérique ou télévisuelle – si elle ne mettra pas forcément en valeur ses atouts formels – permettra de réajuster l’appréciation d’un film qui, s’il n’avait pas la stature d’un triomphe, ne méritait pas non plus d’être voué aux gémonies. A première vue, L’orphelinat s’inscrit dans une mouvance du cinéma fantastique espagnol très active dernièrement, rappelant aussi bien Fragile de Jaime Balaguero que Les Autres d’Alejandro Amenabar ou L’échine du diable de Guillermo Del Toro, ici producteur ; une maison hantée, un enfant qui disparaît, et l’ombre constante de la mort qui rôde… A défaut d’époustoufler, L’orphelinat remplit durant sa première partie assez aisément son cahier des charges, avec une utilisation pertinente du format large, une présence furtive angoissante (cet enfant avec un sac sur le visage) et une atmosphère sonore dense et efficace. Ayant, à l’instar de ses compatriotes, digéré des influences plus internationales (Les innocents, La maison du diable, Poltergeist traversent ici l’esprit) – qui favorisent, ceci étant, l’exploitation du film à l’étranger… – Juan Antonio Bayona démontre un savoir-faire certain, hérité notamment de son passé de vidéaste. Mais la présence au générique du film de Guillermo Del Toro ainsi que la proximité de ton avec les œuvres les plus personnelles de ce dernier (L’échine du diable et Le labyrinthe de Pan, de très loin ses plus grandes réussites) inscrivent assez vite L’orphelinat dans une sous-famille de ce cinéma fantastique espagnol, où le genre n’est qu’un vecteur du drame. Sans trop dévoiler du dernier acte, les révélations ponctuant L’orphelinat invitent notamment au regard rétrospectif sur les évènements les ayant précédées, et fait tendre le film vers un autre registre, plus émotionnel, et dont la singularité réside dans le regard posé sur le surnaturel. Chez Del Toro comme désormais chez Bayona, les fantômes commencent par terrifier pour révéler progressivement une autre nature, tragique et bouleversante : passeurs muets entre deux mondes (l’idée du « passage » étant d’ailleurs au cœur de la mise en scène), leurs tentatives pour sauver les vivants sont rendues vaines par la méfiance et l’effroi qu’ils inspirent malgré eux. Un jeu de piste qui aura de prime abord semblé plein de vice ou de malice se révèle une main tendue qui n’aura pas été saisie à temps ; un bruit nocturne sourd inquiète quand il aurait dû servir d’alerte ; et la présence d’ombres furtives est perçue comme une menace quand bien même les spectres errent en quête d’un salut qu’on leur refuse ainsi… Dans L’orphelinat comme auparavant dans L’échine du diable, le bestiaire fantastique se voit prêter des intentions malveillantes par les humains quand bien même il est en réalité empreint de mélancolie, et surtout quand bien même il est incapable de la moindre violence : les disparitions ou les morts trouvent leur raison dans la seule folie des vivants, sous les yeux amers et impuissants des fantômes. Par le regard unique qu’ils accordent aux revenants, ces cinéastes ne font pas que basculer d’un registre à un autre, ils transcendent le frisson horrifique éphémère en un vertige inoubliable. La plus grande réussite de ces fantômes se trouve dans la manière entêtante et poignante dont leur tragédie nous hante encore longtemps après la vision…

Antoine Royer


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