| Trois adolescents des quartiers pauvres de Mexico s’introduisent une nuit dans La Zona, quartier résidentiel clos autogéré et ultra-sécurisé. Très vite, ils sont surpris par une habitante, et déclenchent les alarmes autant que la colère vengeresse des membres de cette communauté autarcique, bien décidée à accomplir elle-même sa justice. Ce premier film de Rodrigo Pla, cinéaste uruguayen travaillant au Mexique, est l’adaptation d’une histoire écrite par sa propre épouse, Laura Santullo. Son contexte est fictionnel, et aurait pu éventuellement être l’objet d’un postulat anticipatif. Mais l’intérêt du film, et une bonne part de sa force d’impact, réside bien dans cette approche réaliste de la Zona, cadre d’un huis-clos trépidant autant que vecteur symbolique d’une réalité sociale et politique. Le film obéit en effet à deux tensions : d’une part, la survie de Miguel, l’un des adolescents coincé dans La Zona et poursuivi par la meute de ses habitants ; d’autre part, un contexte social d’une grande violence ; et c’est de la combinaison de ces deux élans que le film tire sa force dramatique. Le personnage central de La Zona n’est donc pas à chercher du côté de Miguel, la proie, ou du côté des habitants, ni même de la police : c’est La Zona elle-même, définie par le cinéaste comme « un organisme à part entière qui se nourrit de lui-même, et qui, à travers son incapacité à détecter ses contradictions et ses défauts, sème les graines de sa propre autodestruction ». Par son organisation de l’espace comme par son utilisation pertinente des caméras de surveillance comme multiples yeux de cette inquiétante nébuleuse, Rodrigo Pla fait naître le suspense à travers le lieu même de l’action, sa constante redéfinition et son inquiétante insaisissabilité. Suivant un crescendo de tension, le film vogue ainsi vers le tragique et l’irrémédiable, et son impitoyable dénouement a de quoi traumatiser : avait-on vu sur un écran de cinéma une aussi saisissante illustration de la lâcheté collective et de la dangereuse bêtise de la foule depuis Fury de Fritz Lang ? Cette violence est d’autant plus inconfortable qu’elle trouve des échos permanents avec une réalité sociale et culturelle contemporaine : La Zone ne fait rien d’autre qu’évoquer, par l’exemple, le fossé grandissant entre les pauvres et les minorités aisées (en particulier dans les pays émergents) débouchant sur les dérives communautaristes et sécuritaires. En fait, La Zona vient surtout illustrer surtout comment des groupes humains livrés à eux-mêmes viennent à transformer des valeurs communes collectives en terrifiants réflexes primitifs (peur de l’autre, auto-justice, vengeance…) : c’est d’une certaine manière le moment où l’humanité cède à la tentation de la barbarie que La Zona acte d’une façon si glaçante. |